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Meron Benvenisti , publié dans Haaretz le 15 mai 2008,
www.haaretz.co.il/hasite/spages/983642.html



Divers et variés sont les arguments des Israéliens [juifs] face au  défi que représente le jour de la Nakba que les Palestiniens opposent au jour de l'Indépendance [d'Israël] en mettant sur les  
Israéliens [juifs] la responsabilité totale et sans réserve de leur  tragédie.

C'est de la provocation contre l'existence même de l'Etat et un appel à sa destruction, affirment les Israéliens [juifs]. Et en  plus, les Arabes eux-mêmes sont responsables de leur tragédie parce  que ce sont eux qui ont lancé la guerre : qu'on ne vienne pas alors  accuser celui qui se défend. En outre, à la guerre, on porte  atteinte à des civils et des actes de cruauté sont commis des deux  côtés. Il est aussi allégué que même si des expulsions ont eu  lieu, il n'est pas possible d'y porter remède parce que cela  constituerait un précédent susceptible de fissurer le sentiment de  la « droiture du chemin poursuivi ».

...... il est facile de dénier [la] culpabilité [d'Israël] avec des arguments généraux et des analyses historiques permettant  d'évacuer et de brouiller des faits graves noyés dans les détails  qui composent la tragédie palestinienne. Ce qui permet alors la non  prise en compte et la dissimulation derrière des slogans.

Dans ce contexte, la principale manifestation, organisée à  Tzippori / Saffouriya, focalise l'attention sur un de ces faits  révoltants et repoussants constitutifs de la Nakba que veulent  ignorer ceux qui la traite comme le résultat de la guerre « qui nous  a été imposée ». Il s'agit de l'expulsion des habitants arabes  (déjà citoyens israéliens) de leurs villages après la fin des  hostilités, afin de faire de la place pour l'installation des  nouveaux immigrants. Des centaines d'habitants de Saffouriya qui  avaient été comptés, chez eux, dans le premier recensement de la  population israélienne, ont été forcés à grimper sur des camions  en janvier 1949 et ont été expulsés vers des villages des alentours.

Les autorités convoitaient les 55 000 dounams [5 500 ha] de terres de  ce riche village et, à la fin de 1949, un moshav s'est établi à  cet endroit. Les ‘présents-absents' de Saffouriya ont construit  un quartier à Nazareth dont les maisons ont vue sur leur village  natal. Un sort comparable a touché 15 autres villages dont les  habitants restants ont été chassés après la guerre sans aucune  base légale. Dans quelques cas, la Cour suprême a donné ordre  qu'on les ramène chez eux mais l'ordre n'a pas été exécuté.  
Au total : deux villages en Galilée centrale, quatre en Galilée  occidentale, trois dans le Doigt de la Galilée, plusieurs hameaux  [Khirbout] dans le Triangle, un en Haute Galilée et deux dans les  
collines de Judée, outre Ikrit et Biram.

L'expulsion ne fut pas le fruit d'une initiative locale, mais bien  gouvernementale. Des décisions d'expulsions pour les besoins d'un  peuplement par des Juifs, furent adoptées à l'égard de dix autres  villages habités : six en Galilée centrale, un en Galilée  occidentale, deux sur la côte du Carmel et un dans la région de  Jérusalem. Ces projets-là n'ont pas été mis en œuvre.

Les déracinés qui ont trouvé refuge dans des villages des alentours  de leur localité abandonnée, ont pu voir comment on s'installait  dans leurs maisons, comment on travaillait leurs terres. Pour eux, ce  n'était pas un exil lointain mais un exil dans leur patrie. Aucun  prétexte lié à la « guerre faisant rage » ou à la constitution  
d'un « précédent du droit au retour » ne peut être invoqué  pour expliquer cette injustice historique qui se prolonge. Le déni,  qui suscite une rage impuissante, conduit forcément à des  manifestations dures. Plus les années passent et plus la frustration  
et le sentiment d'injustice se renforcent.

Pour ce qui est du « précédent », il faut renverser l'argument  et faire de la réparation de l'injustice un précédent de bonne  volonté et une première étape sur le long chemin de la solution au  problème des réfugiés et du partage de la responsabilité dans la  Nakba. Les ‘présents-absents' n'aspirent pas à chasser les  Juifs de leurs maisons mais demandent qu'on leur alloue des terrains  sur une partie de leurs terres et qu'on les laisse réhabiliter  leurs cimetières et leurs mosquées détruites. L'inventaire des  sols non cultivés dans la plupart des villages dont ils ont été  chassés de manière illégale, permet cette solution.

Dans l'ambiance qui règne actuellement, avancer pareille  proposition sera bien sûr considéré comme de la naïveté, si ce  n'est comme une hérésie ; mais le seul fait de soulever une  nouvelle fois le problème effacera peut-être la bonne conscience  satisfaite et renforcera la prise de conscience de la douleur de ceux  qui, depuis 60 ans, assistent à la ruine de leurs maisons.

 Traduction de l'hébreu : Michel Ghys


Vous pourrez trouver le texte intégral sur le site de l'AFPS,
http:// www.france-palestine.org/article9120.html

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Tag(s) : #Histoire
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