Ne pas confondre antisionisme et antisémitisme !
Objet : Affaire Finaly
Monsieur le directeur,
Dans le supplément télévision du Monde daté du 3/4 février, un article de Martine Delahaye annonce la diffusion d’un documentaire intitulé “Passé sous silence”, de David Korn-Brzoza, sur l’affaire Finaly. Il s’agit de l’histoire de deux jeunes enfants juifs confiés par leurs parents à une directrice de crèche municipale de Grenoble qui les fait baptiser et refusera, après la guerre de restituer ces enfants à leur famille, au motif qu’ils appartiennent désormais à l’Église.
Quelques mots me paraissent témoigner d’une assez grave confusion et/ou ignorance de la part de la journaliste : “Fruit de l’intolérance et de l’antisionisme [je souligne], “l’affaire” donne finalement lieu à un accord secret qui permet à un haut fonctionnaire français, proche du président du conseil, de ramener les frères en France, le 26 juin 1953. Et à la famille de les emmener en Israël.” L’affaire Finaly témoigne indubitablement de l’intolérance et de l’antisémitisme qui dominent à l’époque en France et en Europe, notamment dans l’Église catholique. Comme le rappelle votre journaliste, ce n’est qu’en 1963 qu’aura lieu le concile Vatican II “qui appelle à un nouveau dialogue entre juifs et chrétiens”.
C’est sans doute par une malencontreuse erreur qu’elle fait de cette affaire un effet de l’antisionisme : Israël n’existe pas encore en 1944, et si le sionisme existe depuis la fin du XIXème siècle, on ne peut encore à proprement parler d’antisionisme, sauf à nommer ainsi – ce qui n’est possible qu’a posteriori et certes pas dans le contexte européen de l’époque – l’opposition qui s’est développée en Palestine mandataire contre le nationalisme juif à visée étatique. Mais la confusion entre antisémitisme et antisionisme est par ailleurs le fait d’un courant de pensée actif et militant qui vise à discréditer toute critique de la politique israélienne, et plus généralement toute critique du sionisme. C’est pourquoi j’espère que vous aurez à coeur de rectifier cette erreur à l’intention de vos lectrices et lecteurs.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de ma considération distinguée.
Joëlle Marelli membre de l’Union juive française pour la paix.