La situation s’aggrave : Le témoignage de la députée britannique Clare Short
Allocution prononcée à l’occasion du débat consacré au processus de paix au Moyen-Orient, Palais de Westminster, Chambre des communes
traduction française publiée dansalternatives-international le 18 septembre 2007
article complet, http://alternatives-international.net/article1211.html
….. la situation dans les territoires palestiniens est tragique et profondément décourageante, et force est de constater que le Gouvernement britannique et l’Union européenne sont complices de l’oppression et d’un nouveau régime d’apartheid. Israël bénéficie notamment d’un accès privilégié aux marchés européens dans le cadre d’un traité commercial, qui .….. prévoit des dispositions relatives au respect des droits de l’homme …
J’ai proposé la tenue de ce débat à la suite d’une visite que j’ai faite récemment dans le territoire palestinien occupé, en compagnie d’une délégation assemblée par War on Want
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Si nous ne changeons pas de politique, je crains que nous ne devions nous préparer à un bain de sang et à un conflit susceptibles de durer des années, voire des dizaines d’années. Je suis de près l’évolution de la situation au Moyen-Orient depuis de nombreuses années et je savais avant ma dernière visite que le peuple palestinien vivait des moments particulièrement difficiles. Mais j’ai été atterrée par la politique d’annexion flagrante, brutale et systématique menée par Israël, la démolition de maisons palestiniennes et la création délibérée d’un régime d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont confinés dans quatre bantoustans, cernés par un mur parsemé de points de contrôle sous haute surveillance qui permettent de contrôler les déplacements des Palestiniens à la sortie et à l’entrée des ghettos.
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La délégation a passé la troisième journée de son séjour avec des représentants de Grassroots Palestinian Anti-Apartheid Wall Campaign (campagne du peuple palestinien contre le mur de l’apartheid), partenaire de War on Want en Palestine. Ils nous ont expliqué comment le bouclage du territoire occupé avait détruit l’économie palestinienne, fait souligné depuis dans un rapport de la Banque mondiale, et également comment de plus en plus de Palestiniens étaient contraints de travailler pour des colonies de peuplement israéliennes afin de produire des denrées agricoles et autres biens exportés pour la plupart dans les pays de l’Union européenne, avec laquelle Israël a conclu des accords commerciaux qui lui garantissent un traitement préférentiel. Le fait que des colonies de peuplement illégales exploitent la main-d’œuvre palestinienne constitue un autre élément du régime d’apartheid dont l’Union européenne et le Royaume-Uni sont devenus complices.
La délégation s’est ensuite rendue dans la vallée du Jourdain en compagnie d’un représentant de la campagne. La situation y est véritablement effroyable.
Israël a confisqué tous les terrains fertiles à proximité du fleuve, prétendument pour des raisons de sécurité en application des accords de paix d’Oslo. On trouve ici et là des colonies de peuplement sur les terres restantes, fortes parfois d’une seule personne, mais à cause de leur présence, des familles palestiniennes ont été contraintes au départ pour des raisons de sécurité.
Les colons ont installé des serres en plastique sur des hectares à la ronde, les positionnant de façon stratégique au-dessus des sources d’eau. Ils y cultivent des herbes aromatiques biologiques et des fruits et légumes destinés aux marchés européens.
Or nous avons constaté le jour de notre visite que le village voisin, un village palestinien extrêmement pauvre, était privé d’eau. Pas une goutte ne coulait du seul robinet équipant le village, obligeant les habitants à acheter des seaux d’eau aux colons.
Nous avons rendu visite à des exploitants agricoles dont les familles, installées depuis des générations dans la vallée du Jourdain, tiraient leur subsistance de quelques cultures, de l’élevage de moutons et de chèvres et de la fabrication de fromages. Ils sont victimes de menaces et ballotés d’un endroit à un autre, au gré de l’implantation de nouvelles colonies de peuplement composées de quelques personnes, voire d’une seule, contraints par l’armée à se déplacer pour des raisons de sécurité.
Nous nous sommes arrêtés pour parler aux membres d’une autre famille, installés en bordure de route. La maison qu’ils avaient achetée pour leur fils et sa famille sur leurs propres terres a été rasée et leur récolte d’aubergines pourrissait en tas devant chez eux parce qu’ils ne pouvaient pas se rendre au marché. La vallée du Jourdain connaît une pauvreté et des violations des droits de l’homme effroyables.
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Ma conclusion est pessimiste et la perspective d’une solution fondée sur deux États s’estompe dans le lointain. À la place, nous voyons s’installer un nouveau régime d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont brutalement relégués dans des ghettos et utilisés comme main-d’œuvre à bas prix par les colons.
La prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas n’est pas la cause du problème mais bien une conséquence de celui-ci. Le refus du Royaume-Uni et de l’Union européenne de venir en aide à l’Autorité palestinienne après la victoire du Hamas aux élections a contribué à créer la situation actuelle. Il était inéluctable que le Hamas prenne le contrôle de la bande de Gaza lorsque les États-Unis et les forces israéliennes ont armé le Fatah afin qu’il lutte contre le Hamas.
Il semble désormais que l’on veuille offrir des incitations financières et autres au Président Abbas pour qu’il accepte de faire de ces ghettos monstrueux l’État palestinien tant promis. Ainsi que l’a déclaré Uri Avnery, ce grand militant israélien au service de la paix, on veut faire du Président Abbas un collaborateur de la puissance occupante, mais cela n’ouvrira pas la voie à la paix.
En conclusion, la situation dans les territoires palestiniens est tragique et profondément décourageante, et force est de constater que le Gouvernement britannique et l’Union européenne sont complices de l’oppression et d’un nouveau régime d’apartheid.
Israël bénéficie notamment d’un accès privilégié aux marchés européens dans le cadre d’un traité commercial, qui comme tous les accords commerciaux de l’Union européenne, prévoit des dispositions relatives au respect des droits de l’homme. J’espère que Monsieur le Ministre nous expliquera pourquoi ces dispositions ne sont pas invoquées pour insister sur la nécessité pour Israël d’adhérer au droit international. Il s’agit là d’un argument de poids qui, s’il était utilisé, pourrait faire craindre à Israël de perdre ses débouchés européens. Je souhaiterais que nous en fassions usage pour le plus grand bénéfice de tous.
Je ne redoute rien tant que de nouvelles effusions de sang, de nouvelles souffrances et la poursuite de la déstabilisation au Moyen-Orient. La situation en Iraq, au Liban et dans les territoires palestiniens attise la colère du monde musulman et en incite plus d’un à se tourner vers l’idéologie terrifiante d’Oussama ben Laden et de ses partisans. Il est dans l’intérêt du peuple israélien, des Palestiniens et plus largement du Moyen-Orient de voir s’imposer la solution de deux États afin de mettre un terme au conflit israélo-palestinien, mais Israël est en train de gâcher cette chance parce qu’il est résolu à repousser ses frontières au mépris du droit international. Le Royaume-Uni et l’Union européenne se prêtent malheureusement au jeu, et les conséquences de ces décisions provoquent des souffrances terribles et mettent l’avenir en péril. J’espère sincèrement que notre nouveau Premier Ministre reviendra sur cette politique et que les partis d’opposition changeront eux aussi d’avis et feront pression pour éviter la catastrophe et veiller à ce que le Royaume-Uni place l’instauration d’une paix équitable et le respect du droit international par Israël au centre de sa politique.