Annapolis partout, justice nulle part
Ce n’est pas parce que Mr Bush se souvient brutalement que depuis 60 ans il y a une guerre au Proche-Orient que celle-ci va cesser.
Dans cette guerre, on peut feindre de croire qu’il y a une symétrie avec des modérés plein de bonne volonté dans les deux camps et des méchants extrémistes qui sabotent la paix. Sauf que les faits sont têtus. Il y a bientôt 60 ans, le peuple palestinien a été victime d’un nettoyage ethnique qui a fait de lui un peuple de réfugiés. La communauté internationale lui a fait payer pour le génocide nazi alors que les Palestiniens n’avaient aucune responsabilité dans ce crime. Depuis 40 ans, il y a clairement un occupant et un occupé. Il y a un peuple qui vit tous les jours les humiliations, le blocus, les check-points, le casse-tête quotidien pour franchir le Mur, les assassinats ciblés, les arrestations arbitraires, la confiscation de l’eau et de la terre. Et puis il y a la colonisation qui est devenu le centre des activités israéliennes. Elle s’accompagne du projet fou de faire venir tous les Juifs en Israël. 450000 Israéliens vivent dans les territoires occupés depuis 1967. Plus de la moitié vivent à Jérusalem Est dont les limites ont été décuplées et qui s’étend aujourd’hui de Ramallah à Bethléem. Certaines colonies sont devenues de véritables villes et coupent la Cisjordanie en plusieurs morceaux. L’ancien village martyr de Deir Yassin a disparu, remplacé par un « nouveau quartier » de Jérusalem. Le tunnel routier qui passe sous ce nouveau quartier s’appelle tunnel Menachem Begin du nom du terroriste qui a dirigé le massacre de Deir Yassin.
Aucune carte israélienne n’indique la frontière internationalement reconnue. L’annexion n’est plus rampante, elle se veut irréversible. L’autoroute Tel-aviv Jérusalem traverse les territoires occupés. La plus grande entreprise de cosmétique est en territoire occupé. Des routes de contournement permettent aux Israéliens de sillonner sans problème la Cisjordanie.
Israël n’est pas menacé. Le pays a été reconnu dans ses frontières de 1949 (soit 78% de la Palestine historique) par la communauté internationale alors que le plan de partage de 1947 en accordait beaucoup moins. Depuis 1988, l’OLP a accepté de limiter le futur Etat Palestinien aux territoires occupés. C’est une concession énorme. Si demain, un gouvernement israélien acceptait de revenir à la frontière internationalement reconnue, la paix serait immédiate.
Alors pourquoi il n’y a pas la paix ? Parce qu’il y a consensus en Israël pour garder Jérusalem, pour garder Ariel, Maale Adoumim, Latrun … Parce que les différents gouvernements israéliens n’ont jamais considéré que les deux peuples avaient des droits égaux. Pour eux, un Etat Palestinien, ce serait au mieux quelques cantons éclatés, un bantoustan. Même Yitzhak Rabin, entre la signature des accords d’Oslo et son assassinat, avait installé plus de 50000 nouveaux colons.
À Annapolis, les dirigeants israéliens et leurs alliés américains n’ont aucune envie de poser les vrais problèmes : la fin de l’occupation, le démantèlement des colonies, le retour aux frontières de 67, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ils refuseront de parler du Droit ou de la Justice. Ils continueront de vouloir traiter en premier la sécurité de l’occupant. Ils feront pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il accepte de capituler en échange d’une aide pour vaincre le Hamas. Ils refuseront toute discussion sur le droit au retour des Palestiniens. Au nom de quoi les Juifs auraient-ils le droit à un prétendu retour sous prétexte qu’il y avait des Juifs dans la région il y a 2000 ans, alors que les expulsés de 47-48 et leurs descendants seraient condamnés à l’exil ?
Quand Annapolis aura échoué, comme à Taba et à Camp David, les dirigeants israéliens proclameront que décidément « ils n’ont pas de partenaire pour la paix » et ils lanceront contre les dirigeants palestiniens la même propagande que celle qui a frappé Arafat à la fin de sa vie. Cette fuite en avant n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens, elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens.
Pierre Stambul
(Union Juive Française pour la Paix)
Ce n’est pas parce que Mr Bush se souvient brutalement que depuis 60 ans il y a une guerre au Proche-Orient que celle-ci va cesser.
Dans cette guerre, on peut feindre de croire qu’il y a une symétrie avec des modérés plein de bonne volonté dans les deux camps et des méchants extrémistes qui sabotent la paix. Sauf que les faits sont têtus. Il y a bientôt 60 ans, le peuple palestinien a été victime d’un nettoyage ethnique qui a fait de lui un peuple de réfugiés. La communauté internationale lui a fait payer pour le génocide nazi alors que les Palestiniens n’avaient aucune responsabilité dans ce crime. Depuis 40 ans, il y a clairement un occupant et un occupé. Il y a un peuple qui vit tous les jours les humiliations, le blocus, les check-points, le casse-tête quotidien pour franchir le Mur, les assassinats ciblés, les arrestations arbitraires, la confiscation de l’eau et de la terre. Et puis il y a la colonisation qui est devenu le centre des activités israéliennes. Elle s’accompagne du projet fou de faire venir tous les Juifs en Israël. 450000 Israéliens vivent dans les territoires occupés depuis 1967. Plus de la moitié vivent à Jérusalem Est dont les limites ont été décuplées et qui s’étend aujourd’hui de Ramallah à Bethléem. Certaines colonies sont devenues de véritables villes et coupent la Cisjordanie en plusieurs morceaux. L’ancien village martyr de Deir Yassin a disparu, remplacé par un « nouveau quartier » de Jérusalem. Le tunnel routier qui passe sous ce nouveau quartier s’appelle tunnel Menachem Begin du nom du terroriste qui a dirigé le massacre de Deir Yassin.
Aucune carte israélienne n’indique la frontière internationalement reconnue. L’annexion n’est plus rampante, elle se veut irréversible. L’autoroute Tel-aviv Jérusalem traverse les territoires occupés. La plus grande entreprise de cosmétique est en territoire occupé. Des routes de contournement permettent aux Israéliens de sillonner sans problème la Cisjordanie.
Israël n’est pas menacé. Le pays a été reconnu dans ses frontières de 1949 (soit 78% de la Palestine historique) par la communauté internationale alors que le plan de partage de 1947 en accordait beaucoup moins. Depuis 1988, l’OLP a accepté de limiter le futur Etat Palestinien aux territoires occupés. C’est une concession énorme. Si demain, un gouvernement israélien acceptait de revenir à la frontière internationalement reconnue, la paix serait immédiate.
Alors pourquoi il n’y a pas la paix ? Parce qu’il y a consensus en Israël pour garder Jérusalem, pour garder Ariel, Maale Adoumim, Latrun … Parce que les différents gouvernements israéliens n’ont jamais considéré que les deux peuples avaient des droits égaux. Pour eux, un Etat Palestinien, ce serait au mieux quelques cantons éclatés, un bantoustan. Même Yitzhak Rabin, entre la signature des accords d’Oslo et son assassinat, avait installé plus de 50000 nouveaux colons.
À Annapolis, les dirigeants israéliens et leurs alliés américains n’ont aucune envie de poser les vrais problèmes : la fin de l’occupation, le démantèlement des colonies, le retour aux frontières de 67, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ils refuseront de parler du Droit ou de la Justice. Ils continueront de vouloir traiter en premier la sécurité de l’occupant. Ils feront pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il accepte de capituler en échange d’une aide pour vaincre le Hamas. Ils refuseront toute discussion sur le droit au retour des Palestiniens. Au nom de quoi les Juifs auraient-ils le droit à un prétendu retour sous prétexte qu’il y avait des Juifs dans la région il y a 2000 ans, alors que les expulsés de 47-48 et leurs descendants seraient condamnés à l’exil ?
Quand Annapolis aura échoué, comme à Taba et à Camp David, les dirigeants israéliens proclameront que décidément « ils n’ont pas de partenaire pour la paix » et ils lanceront contre les dirigeants palestiniens la même propagande que celle qui a frappé Arafat à la fin de sa vie. Cette fuite en avant n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens, elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens.
Pierre Stambul
(Union Juive Française pour la Paix)
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