Ceux qui appellent au boycott d’Israël n’étaient autrefois que voix lointaines. Le débat est maintenant devenu mondial. Il croît inexorablement et ne sera pas réduit au silence.
……quelque chose a changé. Peut-être l’horreur panoramique de l’été dernier retransmise depuis le Liban sur les écrans de télévision du monde entier a-t-elle servi de catalyseur ? Ou peut-être le cynisme de Bush et Blair ainsi que le recours incessant à cette inanité, la « terreur », en même temps que la dissémination dans nos vies, jour après jour, d’une insécurité fabriquée, ont-ils finalement attiré l’attention de la communauté internationale hors des états voyous, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pour la ramener à une de ses principales sources, Israël.
J’en ai eu récemment la sensation aux Etats-Unis. Une annonce pleine page dans le New York Times avait distinctement une odeur de panique. Il y a déjà eu beaucoup d’annonces faites dans le Times par des « amis d’Israël », demandant les habituelles faveurs, rationalisant les habituelles brutalités. Celle-ci était différente. « Boycotter un traitement anticancéreux ? » en était le titre principal, suivi de « Arrêter l’irrigation au goutte-à-goutte en Afrique ? Empêcher la coopération scientifique entre nations ? » Qui voudrait faire pareilles choses ? « Certains universitaires britanniques veulent boycotter leurs homologues israéliens » était la réponse, intéressée. Elle se référait à la motion de la conférence inaugurale du syndicat « University and College Union » (UCU), de mai dernier, qui appelait à une discussion au sein de ses différentes sections sur un boycott des institutions académiques israéliennes. Comme John Chalcraft, de la London School of Economics l’a relevé, « le monde académique israélien offre depuis longtemps un soutien intellectuel, linguistique, logistique, technique, scientifique et humain à une occupation qui se fait en violation directe du droit international et contre laquelle aucune institution académique israélienne n’a jamais pris publiquement position ».
La vague du boycott gonfle inexorablement, comme si un jalon important avait été franchi, rappelant les boycotts qui avaient conduit à des sanctions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Tant Mandela que Desmond Tutu ont établi ce parallèle ; de même que le ministre d’état sud africain Ronnie Kasrils et d’autres célèbres membres juifs de la lutte pour la libération. En Grande-Bretagne, une campagne académique souvent menée par des Juifs contre la « destruction méthodique par Israël du système d’éducation palestinien » peut être traduite par ceux d’entre nous qui rapporté des témoignages des Territoires occupés, en termes de bouclage arbitraire des universités palestiniennes, de harcèlement et d’humiliation des étudiants aux checkpoints, de tirs visant des enfants palestiniens et d’assassinat d’enfants palestiniens sur le chemin de l’école.
Initiatives britanniques
Ces initiatives ont été soutenues par un groupe britannique, Independent Jewish Voices [Voix Juives Indépendantes], dont les 528 signataires comptent Stephen Fry, Harold Pinter, Mike Leigh et Eric Hobsbawm. Le plus grand syndicat du pays, Unison, a appelé à un « boycott économique, culturel, académique et sportif » et au droit au retour des familles palestiniennes chassées en 1948. De façon remarquable, le Comité pour le développement international de la Chambre des Communes a adopté une position similaire. En avril, les membres du syndicat des journalistes, le National Union of Journalists (NUJ), ont voté en faveur d’un boycott mais pour le voir rejeté à la hâte par le conseil exécutif national. En république d’Irlande, le Congrès Irlandais des Syndicats a appelé à désinvestir des compagnies israéliennes : une campagne a visé l’Union Européenne qui compte pour les deux tiers des exportations israéliennes sous l’Accord d’Association UE-Israël. Le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a dit que les conditions en matière de droits de l’homme intégrées à cet accord devraient être invoquées et les privilèges commerciaux d’Israël suspendus.
Ceci est inhabituel car toutes ces voix étaient autrefois lointaines. Qu’une telle discussion sérieuse sur un boycott « devienne mondiale » n’avait pas été prévu par l’Israël officiel, longtemps conforté par ses mythes apparemment intouchables et par un puissant parrainage, et confiant dans le fait que la simple menace d’antisémitisme assurerait le silence. Lorsque la décision des professeurs britanniques a été annoncée, le Congrès américain a adopté une résolution absurde qualifiant l’UCU d’ « antisémite ». (Quatre-vingts membres du Congrès sont allés cet été en Israël pour un voyage d’agrément.)
Cette intimidation a marché, dans le passé. Des calomnies lancées contre des professeurs américains leur ont valu de se voir refuser une promotion, ou même une chaire [1]. Feu Edward Said disposait d’un bouton d’appel d’urgence dans son appartement à New York, relié au poste de police local ; ses bureaux à la Columbia University ont une fois été incendiés. A la suite de mon film de 2002, Palestine is still the Issue, j’ai eu droit à des menaces de mort et à des insultes et des calomnies venant pour l’essentiel des Etats-Unis où le film ne fut jamais montré. Lorsque le Comité Indépendant de la BBC a examiné récemment la couverture du Proche-Orient par la compagnie, il a été inondé de courriels, « dont beaucoup d’origine étrangère, essentiellement d’Amérique du Nord », disait son rapport. Certaines personnes « ont envoyé de multiples messages, certains messages étaient des copies et il y avait des signes évidents de mobilisation d’un groupe de pression ». La conclusion du Comité était que la manière dont la BBC rendait compte de la lutte palestinienne n’était pas « détaillée et équitable » et présentait « pour des aspects importants, une image incomplète et dès lors trompeuse ». Ceci fut neutralisé dans les communiqués de presse de la BBC.
Le courageux historien israélien Ilan Pappé estime qu’un Etat démocratique unique, dans lequel les réfugiés palestiniens auraient le droit de revenir, est la seule solution faisable et juste, et qu’une campagne de sanctions et de boycott est essentielle pour y parvenir. La population israélienne serait-elle ébranlée par un boycott international ? Bien qu’ils le reconnaissent rarement, les blancs d’Afrique du Sud furent suffisamment ébranlés pour donner leur soutien à un changement historique. Un boycott des institutions, des biens et des services israéliens, dit Pappé, « ne modifiera pas la position israélienne en un jour, mais il enverra un message clair que (les prémisses du sionisme) sont racistes et inacceptables au 21e siècle... Ils devraient choisir. »
Tout comme nous.
John Pilger est un journaliste d’investigation brittanique et un réalisateur de films documentaires de renom. Il a gagné de nombreuses récompenses aux USA et en Grande-Bretagne, dont, à deux reprises, la plus haute récompense britannique en tant que journaliste.
Traduction de l’anglais : Michel Ghys
[1] Note de la rédaction : L’universitaire bien connu Norman Finkelstein, auteur, entre autres , de « L’industrie de l’holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des juifs », vient d’être chassé de l’université DePaul de Chicago après une violente campagne de certains groupes sionistes américains contre sa demande de promotion au poste de professeur.
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L’arrêt de toutes les exactions contre le peuple palestinien et la protection
internationale de celui-ci ;
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