Sionisme et judaïsme

Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /2008 18:16
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=3503

Pour qu’Israël puisse se transformer en un Etat démocratique, il faut, entre autres choses, qu’il devienne un Etat laïc. 

Article de Michel Warschawski à lire

Michel Warschawski est journaliste et écrivain. Fondateur du Centre d’information alternative (AIC) en Israël, il est l’un des représentants du courant radical antisioniste en Israël. Parmi ses livres : « Sur la frontière » (Stock - 2002), « A tombeau ouvert - la crise de la société israélienne » (La Fabrique - 2003), « A contre chœur » (Textuel - 2003).

Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /2008 21:10
Par Palestine - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /2008 08:45

Ne pas confondre antisionisme et antisémitisme !

Affaire Finaly/ Le Monde
publié le samedi 9 février 2008.

Objet : Affaire Finaly

Monsieur le directeur,

Dans le supplément télévision du Monde daté du 3/4 février, un article de Martine Delahaye annonce la diffusion d’un documentaire intitulé “Passé sous silence”, de David Korn-Brzoza, sur l’affaire Finaly. Il s’agit de l’histoire de deux jeunes enfants juifs confiés par leurs parents à une directrice de crèche municipale de Grenoble qui les fait baptiser et refusera, après la guerre de restituer ces enfants à leur famille, au motif qu’ils appartiennent désormais à l’Église.

Quelques mots me paraissent témoigner d’une assez grave confusion et/ou ignorance de la part de la journaliste : “Fruit de l’intolérance et de l’antisionisme [je souligne], “l’affaire” donne finalement lieu à un accord secret qui permet à un haut fonctionnaire français, proche du président du conseil, de ramener les frères en France, le 26 juin 1953. Et à la famille de les emmener en Israël.” L’affaire Finaly témoigne indubitablement de l’intolérance et de l’antisémitisme qui dominent à l’époque en France et en Europe, notamment dans l’Église catholique. Comme le rappelle votre journaliste, ce n’est qu’en 1963 qu’aura lieu le concile Vatican II “qui appelle à un nouveau dialogue entre juifs et chrétiens”.

C’est sans doute par une malencontreuse erreur qu’elle fait de cette affaire un effet de l’antisionisme : Israël n’existe pas encore en 1944, et si le sionisme existe depuis la fin du XIXème siècle, on ne peut encore à proprement parler d’antisionisme, sauf à nommer ainsi – ce qui n’est possible qu’a posteriori et certes pas dans le contexte européen de l’époque – l’opposition qui s’est développée en Palestine mandataire contre le nationalisme juif à visée étatique. Mais la confusion entre antisémitisme et antisionisme est par ailleurs le fait d’un courant de pensée actif et militant qui vise à discréditer toute critique de la politique israélienne, et plus généralement toute critique du sionisme. C’est pourquoi j’espère que vous aurez à coeur de rectifier cette erreur à l’intention de vos lectrices et lecteurs.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de ma considération distinguée.

Joëlle Marelli membre de l’Union juive française pour la paix.

Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 18:24
http://www.legrandsoir.info/?page=rubrique-91&id_article=6300


Je suis un khazar fier de l’être
proposé par leila

" D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». "

Ofri Ilani

Je suis un khazar fier de l’être

Haaretz, 18 mars 2008

Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.

D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling – en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties – et non à partir d’exilés de Jérusalem – n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.

Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).

A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (…) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).

D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).

Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »

- En fait, l’essentiel de votre livre ne s’occupe pas de l’invention du peuple juif par le nationalisme juif moderne mais de la question de savoir d’où viennent les Juifs.

« Mon projet initial était de prendre une catégorie spécifique de matériaux historiographiques modernes, d’examiner comment on avait fabriqué la fiction du peuple juif. Mais dès que j’ai commencé à confronter les sources historiographiques, je suis tombé sur des contradictions. Et c’est alors ce qui m’a poussé – je me suis mis au travail, sans savoir à quoi j’aboutirais. J’ai pris des documents originaux pour essayer d’examiner l’attitude d’auteurs anciens – ce qu’ils avaient écrit à propos de la conversion. »

Shlomo Sand, historien du 20e siècle, avait jusqu’à présent étudié l’histoire intellectuelle de la France moderne (dans son livre « L’intellectuel, la vérité et le pouvoir », Am Oved éd., 2000 - en hébreu), et les rapports entre le cinéma et l’histoire politique (« Le cinéma comme Histoire », Am Oved, 2002 - en hébreu). D’une manière inhabituelle pour des historiens de profession, il se penche, dans son nouveau livre, sur des périodes qu’il n’avait jamais étudiées – généralement en s’appuyant sur des chercheurs antérieurs qui ont avancé des positions non orthodoxes sur les origines des Juifs.

- Des spécialistes de l’histoire du peuple juif affirment que vous vous occupez de questions dont vous n’avez aucune compréhension et que vous vous fondez sur des auteurs que vous ne pouvez pas lire dans le texte.

« Il est vrai que je suis un historien de la France et de l’Europe, et pas de l’Antiquité. Je savais que dès lors que je m’occuperais de périodes anciennes comme celles-là, je m’exposerais à des critiques assassines venant d’historiens spécialisés dans ces champs d’étude. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas en rester à un matériel historiographique moderne sans examiner les faits qu’il décrit. Si je ne l’avais pas fait moi-même, il aurait fallu attendre une génération entière. Si j’avais continué à travailler sur la France, j’aurais peut-être obtenu des chaires à l’université et une gloire provinciale. Mais j’ai décidé de renoncer à la gloire. »

« Après que le peuple ait été exilé de force de sa terre, il lui est resté fidèle dans tous les pays de sa dispersion et n’a pas cessé de prier et d’espérer son retour sur sa terre pour y restaurer sa liberté politique » : voilà ce que déclare, en ouverture, la Déclaration d’Indépendance. C’est aussi la citation qui sert de préambule au troisième chapitre du livre de Shlomo Sand, intitulé « L’invention de l’Exil ». Aux dires de Sand, l’exil du peuple de sa terre n’a en fait jamais eu lieu.

« Le paradigme suprême de l’envoi en exil était nécessaire pour que se construise une mémoire à long terme, dans laquelle un peuple-race imaginaire et exilé est posé en continuité directe du "Peuple du Livre" qui l’a précédé », dit Sand ; sous l’influence d’autres historiens qui se sont penchés, ces dernières années, sur la question de l’Exil, il déclare que l’exil du peuple juif est, à l’origine, un mythe chrétien, qui décrivait l’exil comme une punition divine frappant les Juifs pour le péché d’avoir repoussé le message chrétien. « Je me suis mis à chercher des livres étudiant l’envoi en exil – événement fondateur dans l’Histoire juive, presque comme le génocide ; mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y avait pas de littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé un peuple de cette terre. Les Romains n’ont pas déporté de peuples et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’avaient ni trains ni camions pour déporter des populations entières. Pareille logistique n’a pas existé avant le 20e siècle. C’est de là, en fait, qu’est parti tout le livre : de la compréhension que la société judéenne n’a été ni dispersée ni exilée. »

- Si le peuple n’a pas été exilé, vous affirmez en fait que les véritables descendants des habitants du royaume de Judée sont les Palestiniens.

« Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". »

- Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?

« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs. On peut supposer que beaucoup de Juifs apparus autour de la mer Méditerranée sont devenus chrétiens. Mais alors, le judaïsme commence à diffuser vers d’autres régions païennes – par exemple, vers le Yémen et le Nord de l’Afrique. Si le judaïsme n’avait pas filé de l’avant à ce moment-là, et continué à convertir dans le monde païen, nous serions restés une religion totalement marginale, si même nous avions survécu. »

- Comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que les Juifs d’Afrique du Nord descendent de Berbères convertis ?

« Je me suis demandé comment des communautés juives aussi importantes avaient pu apparaître en Espagne. J’ai alors vu que Tariq Ibn-Ziyad, commandant suprême des musulmans qui envahirent l’Espagne, était berbère et que la majorité de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia Al-Kahina n’avait été vaincu que 15 ans plus tôt. Et il y a, en réalité, plusieurs sources chrétiennes qui déclarent que beaucoup parmi les envahisseurs d’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La source profonde de la grande communauté juive d’Espagne, c’étaient ces soldats berbères convertis au judaïsme. »

Aux dires de Sand, l’apport démographique le plus décisif à la population juive dans le monde s’est produit à la suite de la conversion du royaume khazar – vaste empire établi au Moyen-âge dans les steppes bordant la Volga et qui, au plus fort de son pouvoir, dominait depuis la Géorgie actuelle jusqu’à Kiev. Au 8e siècle, les rois khazars ont adopté la religion juive et ont fait de l’hébreu la langue écrite dans le royaume. A partir du 10e siècle, le royaume s’est affaibli et au 13e siècle, il a été totalement vaincu par des envahisseurs mongols et le sort de ses habitants juifs se perd alors dans les brumes.

Shlomo Sand revisite l’hypothèse, déjà avancée par des historiens du 19e et du 20e siècles, selon laquelle les Khazars convertis au judaïsme seraient l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est. « Au début du 20e siècle, il y a une forte concentration de Juifs en Europe de l’Est : trois millions de Juifs, rien qu’en Pologne », dit-il ; « l’historiographie sioniste prétend qu’ils tirent leur origine de la communauté juive, plus ancienne, d’Allemagne, mais cette historiographie ne parvient pas à expliquer comment le peu de Juifs venus d’Europe occidentale – de Mayence et de Worms – a pu fonder le peuple yiddish d’Europe de l’Est. Les Juifs d’Europe de l’Est sont un mélange de Khazars et de Slaves repoussés vers l’Ouest. »

- Si les Juifs d’Europe de l’Est ne sont pas venus d’Allemagne, pourquoi parlaient-ils le yiddish, qui est une langue germanique ?

« Les Juifs formaient, à l’Est, une couche sociale dépendante de la bourgeoisie allemande et c’est comme ça qu’ils ont adopté des mots allemands. Je m’appuie ici sur les recherches du linguiste Paul Wechsler, de l’Université de Tel Aviv, qui a démontré qu’il n’y avait pas de lien étymologique entre la langue juive allemande du Moyen-âge et le yiddish. Le Ribal (Rabbi Yitzhak Bar Levinson) disait déjà en 1828 que l’ancienne langue des Juifs n’était pas le yiddish. Même Ben Tzion Dinour, père de l’historiographie israélienne, ne craignait pas encore de décrire les Khazars comme l’origine des Juifs d’Europe de l’Est et peignait la Khazarie comme la "mère des communautés de l’Exil" en Europe de l’Est. Mais depuis environ 1967, celui qui parle des Khazars comme des pères des Juifs d’Europe de l’Est est considéré comme bizarre et comme un doux rêveur. »

- Pourquoi, selon vous, l’idée d’une origine khazar est-elle si menaçante ?

« Il est clair que la crainte est de voir contester le droit historique sur cette terre. Révéler que les Juifs ne viennent pas de Judée paraît réduire la légitimité de notre présence ici. Depuis le début de la période de décolonisation, les colons ne peuvent plus dire simplement : "Nous sommes venus, nous avons vaincu et maintenant nous sommes ici" – comme l’ont dit les Américains, les Blancs en Afrique du Sud et les Australiens. Il y a une peur très profonde que ne soit remis en cause notre droit à l’existence. »

- Cette crainte n’est-elle pas fondée ?

« Non. Je ne pense pas que le mythe historique de l’exil et de l’errance soit la source de ma légitimité à être ici. Dès lors, cela m’est égal de penser que je suis d’origine khazar. Je ne crains pas cet ébranlement de notre existence, parce que je pense que le caractère de l’Etat d’Israël menace beaucoup plus gravement son existence. Ce qui pourra fonder notre existence ici, ce ne sont pas des droits historiques mythologiques mais le fait que nous commencerons à établir ici une société ouverte, une société de l’ensemble des citoyens israéliens. »

- En fait, vous affirmez qu’il n’y a pas de peuple juif.

« Je ne reconnais pas de peuple juif international. Je reconnais un "peuple yiddish" qui existait en Europe de l’Est, qui n’est certes pas une nation mais où il est possible de voir une civilisation yiddish avec une culture populaire moderne. Je pense que le nationalisme juif s’est épanoui sur le terreau de ce "peuple yiddish". Je reconnais également l’existence d’une nation israélienne, et je ne lui conteste pas son droit à la souveraineté. Mais le sionisme, ainsi que le nationalisme arabe au fil des années, ne sont pas prêts à le reconnaître.

« Du point de vue du sionisme, cet Etat n’appartient pas à ses citoyens, mais au peuple juif. Je reconnais une définition de la Nation : un groupe humain qui veut vivre de manière souveraine. Mais la majorité des Juifs dans le monde ne souhaite pas vivre dans l’Etat d’Israël, en dépit du fait que rien ne les en empêche. Donc, il n’y a pas lieu de voir en eux une nation. »

- Qu’y a-t-il de si dangereux dans le fait que les Juifs s’imaginent appartenir à un seul peuple ? Pourquoi serait-ce mal en soi ?

« Dans le discours israélien sur les racines, il y a une dose de perversion. C’est un discours ethnocentrique, biologique, génétique. Mais Israël n’a pas d’existence comme Etat juif : si Israël ne se développe pas et ne se transforme pas en société ouverte, multiculturelle, nous aurons un Kosovo en Galilée. La conscience d’un droit sur ce lieu doit être beaucoup plus souple et variée, et si j’ai contribué avec ce livre à ce que moi-même et mes enfants puissions vivre ici avec les autres, dans cet Etat, dans une situation plus égalitaire, j’aurai fait ma part.

« Nous devons commencer à œuvrer durement pour transformer ce lieu qui est le nôtre en une république israélienne, où ni l’origine ethnique, ni la croyance n’auront de pertinence au regard de la Loi. Celui qui connaît les jeunes élites parmi les Arabes d’Israël, peut voir qu’ils ne seront pas d’accord de vivre dans un Etat qui proclame n’être pas le leur. Si j’étais Palestinien, je me rebellerais contre un tel Etat, mais c’est aussi comme Israélien que je me rebelle contre cet Etat. »

- La question est de savoir si, pour arriver à ces conclusions-là, il était nécessaire de remonter jusqu’au royaume des Khazars et jusqu’au royaume Himyarite.

« Je ne cache pas que j’éprouve un grand trouble à vivre dans une société dont les principes nationaux qui la dirigent sont dangereux, et que ce trouble m’a servi de moteur dans mon travail. Je suis citoyen de ce pays, mais je suis aussi historien, et en tant qu’historien, j’ai une obligation d’écrire de l’Histoire et d’examiner les textes. C’est ce que j’ai fait. »

- Si le mythe du sionisme est celui du peuple juif revenu d’exil sur sa terre, que sera le mythe de l’Etat que vous imaginez ?

« Un mythe d’avenir est préférable selon moi à des mythologies du passé et du repli sur soi. Chez les Américains, et aujourd’hui chez les Européens aussi, ce qui justifie l’existence d’une nation, c’est la promesse d’une société ouverte, avancée et opulente. Les matériaux israéliens existent, mais il faut leur ajouter, par exemple, des fêtes rassemblant tous les Israéliens. Réduire quelque peu les jours de commémoration et ajouter des journées consacrées à l’avenir. Mais même aussi, par exemple, ajouter une heure pour commémorer la "Nakba", entre le Jour du Souvenir et la Journée de l’Indépendance. »

Shlomo Sand est né en 1946 à Linz (Autriche) et a vécu les deux premières années de sa vie dans les camps de réfugiés juifs en Allemagne. En 1948, ses parents émigrent en Israël, où il a grandi. Il finit ses études supérieures en histoire, entamées à l’université de Tel-Aviv, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Depuis 1985, il enseigne l’histoire de l’Europe contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Il a notamment publié en français : « L’Illusion du politique. Georges Sorel et le débat intellectuel 1900 » (La Découverte, 1984), « Georges Sorel en son temps », avec J. Julliard (Seuil, 1985), « Le XXe siècle à l’écran » (Seuil, 2004). « Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël » (Fayard, 2006)

(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)

Ofri Ilani

Jeudi 03 Avril 2008

www.haaretz.co.il/hasite/spages/965...

Version anglaise : Shattering a ’national mythology’

www.haaretz.com/hasen/spages/966952.html

http://www.protection-palestine.org...

Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /2008 20:39
Israël, 60 ans, l'âge de l'audace
LE MONDE | 10.05.08
© Le Monde.fr


Avraham Burg, ancien président de la Knesset, ex-président de l'Agence juive (qui œuvre à l'installation des juifs en Israël)
Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /2008 14:04
Note de lecture

Quand des Israéliens démontent le mythe sioniste

On ne sortira pas de la fuite en avant criminelle de la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens sans une forme de rupture avec le sionisme. Depuis quelques années, une critique radicale émanant de diverses personnalités israéliennes s’attaque à cette idéologie. En effet en Israël, l’éducation, l’histoire, la loi, la propriété, la façon de penser, l’air qu’on respire, sont sionistes. Il est interdit de douter. Et pourtant, certain-e-s s’échappent. Ils/elles sont journalistes, écrivain-e-s, cinéastes ou  historien-ne-s. Ils/elles ont
parfois fait de la politique dans les partis de gauche avant de rompre. Ils/elles passent une partie de leur temps à l’étranger comme 15% de la population. Ils/elles s’appellent Amira Hass, Michel Warschawski, Ilan
Pappé, Nurit Peled, Gideon Levy, Avi Mograbi, Idith Zertal …
Deux livres très différents sont sortis en 2008. Ce sont «Vaincre Hitler» d’Avraham Burg et «Comment le peuple juif fut inventé» de Shlomo Sand (l’un et l’autre édités par Fayard). Deux livres très différents mais indispensables pour comprendre et donc pour combattre l’oppression.

Une critique radicale venue de l’intérieur.

Avraham Burg n’est pas «l’un des nôtres», ce qui a parfois indisposé des militant-e-s engagée-e-s pour la Palestine. Il est un pur produit de l’establishment sioniste. Son père, Yossef Burg, a été le représentant du principal parti religieux dans divers gouvernements israéliens de 1951 à 1986. Il fut un des deux ministres opposés à la pendaison d’Eichmann. C’est plus tard que le Parti National Religieux est devenu un parti d’extrême droite, fer de lance des colons fanatiques. Avraham a grandi dans l’univers protégé des enfants de
dirigeants. Il a été un des politiciens en vue du parti travailliste, président de l’agence Juive et président de la Knesset (le Parlement israélien). Dans le monde sioniste, les ruptures, partielles ou totales viennent souvent d’en haut à l’image de Nahum Goldman ou Théo Klein (qui ont dirigé le Congrès Juif Mondial pour l’un et le CRIF pour l’autre). Burg a brusquement rompu. Il a quitté toutes ses fonctions officielles. Il a redécouvert le judaïsme combattant pour l’émancipation. Il songe aujourd’hui à créer un grand parti de gauche qui déborde le parti travailliste et le marginalise. Expérience probablement vouée à l’échec vu l’état de la société israélienne.Le livre de Burg fourmille de «perles» révélatrices de l’état d’esprit sinistre et cynique des dirigeants sionistes. Ainsi Abba Eban qui fut pendant des années le ministre des affaires étrangères (et devint une «colombe» à la fin de sa vie) a déclaré en réponse à une question de l’ONU après la guerre de 1967 qu’il était hors de question qu’Israël retourne aux «frontières d’Auschwitz» (la ligne verte de 1949). Ainsi
quand les troupes de Sadate attaquent sur le canal de Suez en 1973, Moshé Dayan compare cette attaque à «une destruction du troisième temple». Quand l’armée Israélienne attaque l’OLP à Beyrouth en 1982, Menachem Begin déclare : «j’ai eu le sentiment d’attaquer le bunker d’Hitler». Le même Begin dira que l’alternative à l’invasion du Liban, c’est Treblinka. Ehud Barak est tout aussi pitoyable quand il affirme
lors de l’anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie : «les soldats israéliens sont arrivés 50 ans trop tard».
Burg dissèque la mentalité israélienne qui produit l’occupation et la négation de l’autre : «Israël est tombé dans le piège du destin. Nous sommes les bons et eux les ennemis ultimes. Plus l’adversaire est méchant, plus nous sommes bons». Il décrit la dérive raciste de sa société où les graffitis : «mort aux Arabes» ou «Pas d’Arabes, pas d’attentats» pullulent en toute impunité. Face à la propagande incessante qui assimile les «Arabes» aux Nazis, Burg s’interroge au contraire sur l’ancienne victime devenue bourreau : «sommes-nous totalement happés par cette effroyable ressemblance avec nos bourreaux ?»
Dans le processus qui l’a conduit à la rupture, il y a une part d’histoire familiale. La mère d’Avraham appartenait à une famille installée en Palestine depuis plusieurs générations à Hébron. En 1929, c’est la première révolte palestinienne contre la colonisation sioniste. 67 Juifs sont tués à Hébron. La mère d’Avraham fait partie des rescapé-e-s grâce à une famille palestinienne qui a caché les siens. Plus de 60 ans plus tard, Avraham rencontre cette famille de «Justes» pour reprendre la terminologie appliquée à celles et ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre mondiale. Cet épisode et cette rencontre ont sûrement été déterminants dans son désir d’une vraie paix basée sur l’égale dignité. Comme avant lui le philosophe Yeshayahou Leibowitz qui, épouvanté par les conséquences des conquêtes de 1967, a été le premier à parler de judéo-nazisme, Burg considère que «la mise sous tutelle de millions de personnes signifie la remise en cause de l’essence juive».
Burg est très sévère avec l’instrumentalisation du génocide nazi. Le titre du livre «Vaincre Hitler», c’est en finir avec la victimisation, avec la célébration morbide, c’est refuser l’idée que la mémoire d’un massacre puisse légitimer la conduite d’une société. Dans son livre «La Nation et la Mort», l’historienne Idith Zertal aboutit à la même constatation. Burg constate : «nous nous conduisons comme si la Shoah est notre monopole». Il remarque d’ailleurs que beaucoup d’Israéliens nient le génocide arménien de peur que celui-ci ne porte ombrage au seul génocide valable à leurs yeux : celui des Juifs. « Halte au judaïsme craintif et au sionisme paranoïaque ! » conclut-il. Toujours sur l’idée que le souvenir des génocides appartient à tout le monde pour qu’ils ne se reproduisent pas, Burg rappelle un génocide oublié, celui de la quasi-totalité du peuple Herero en Namibie, par le colonialisme allemand. Personne n’a condamné ce crime à l’époque. Un
des criminels était le père de Goering.
Burg fait l’éloge de Marek Edelman, commandant en second de l’insurrection du ghetto de Varsovie, toujours vivant, toujours bundiste et hostile à l’Etat d’Israël. Il s’élève contre toutes les tentatives de rayer Edelman de l’histoire parce qu’il est antisioniste.
Burg qui est profondément croyant propose qu’on vide la religion juive de tout texte qui pourrait être exploité à des fins de colonialisme ou de haine. Et il souhaite que les autres religions fassent de même.
Vaste programme … À l’inverse des lectures intégristes des textes sacrés, il met en avant l’idée de la responsabilité de chaque être humain vis-à-vis de ses actes.

Quand Shlomo Sand dissèque la mythologie sioniste.

Sand est un historien dont la famille a fui la Pologne. C’est un homme de gauche, étranger à la religion. Il a fait une partie de ses études à Paris avec Pierre Vidal-Naquet qui a préfacé son livre précédent : «les
mots et la terre, les intellectuels en Israël».
Dans les conférences où il présente «Comment le peuple juif fut inventé», Sand s’excuse à l’avance du nombre de notes qui accompagnent son livre. Il sait que celui-ci, qui est déjà un best-seller en Israël,
sera l’objet de très vives critiques et il tient à préciser ses sources et ses recherches.
L’idée centrale du livre de Sand est la suivante. Pour créer l’Etat d’Israël et pour l’amener dans la situation actuelle, les sionistes ont dû tout fabriquer : une histoire, une identité, un peuple, une mentalité, des valeurs. Mais fondamentalement, tout est plus que discutable. L’histoire antique est très largement légendaire. Et
surtout, il n’y a eu ni exil, ni retour : les Juifs ne sont pas massivement partis au moment de la destruction du temple par Titus.
Autrement dit, les descendants des Hébreux de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens. Ben Gourion lui-même a écrit (avec Ben Zvi, le futur président d’Israël) en 1918 que ces «fellahs» étaient
probablement des descendants de Juifs et qu’ils s’intègreraient au projet sioniste. Il a changé d’avis après la révolte palestinienne de 1929 en se ralliant à l’idée de les expulser.
Sand explique longuement que les Juifs d’aujourd’hui sont les descendants de convertis de différentes époques.
On peut discuter sur le titre provocateur du livre de Sand. Y a-t-il oui ou non un peuple juif ? On peut discuter sur l’origine Khazar des Ashkénazes par rapport à l’hypothèse de l’origine ouest-européenne ou sur ce qu’il écrit du marxisme. Mais pour toutes celles ou ceux qui considèrent à juste titre que le sionisme est une idéologie criminelle pour les Palestiniens et suicidaire à terme pour les Israéliens, le livre de Sand est fondamental : le cœur de l’histoire telle que les sionistes la racontent (l’exil, le fait que la diaspora soit une
parenthèse et que la création d’Israël permette aux Juifs de retourner dans le pays de leurs ancêtres et de reconstituer le royaume unifié), toute cette fable est FAUSSE et sciemment inventée pour justifier un
projet colonial. Et c’est un argument fondamental dans la lutte idéologique opiniâtre que nous devons mener contre les ravages du sionisme.
«C’est le nationalisme qui crée les nations et non pas l’inverse» a écrit Ernest Gellner (un théoricien de la modernité mort en 1995). Dans le cas du sionisme, il a dû créer au départ une histoire «politiquement
correcte» des Juifs.
Avant l’apparition du sionisme, des historiens juifs allemands, très inspirés par les idées «raciales» de l’époque, se mettent à imaginer que les Juifs seraient un peuple-race. Idée plus tard partagée par les
Nazis avec les conséquences que l’on sait. Les concepts de races aryenne, sémite etc… sont tout aussi stupides et inexacts que dangereux.
Dans leur grande majorité, les fondateurs du sionisme n’étaient pas croyants. Certains étaient même farouchement antireligieux, considérant les rabbins comme les représentants d’une forme d’arriération. Au
contraire, pendant très longtemps, les religieux orthodoxes ont été hostiles au sionisme. Encore aujourd’hui, un courant religieux comme les Nétouré Karta condamne le sionisme comme hérétique, comme porteur
de l’idée (fausse à leurs yeux) que le Messie, c’est l’Etat d’Israël.
C’est à partir de 1967 que le courant national-religieux, reprenant les théories du rabbin Kook, s’est rallié au sionisme et au colonialisme.
Ce courant représente aujourd’hui près d’un quart de la société israélienne.Les fondateurs du sionisme et plus tard les historiens «officiels» de l’Etat d’Israël sont allés rechercher dans la Bible tout ce qui pouvait
justifier la décision, prise lors d’un congrès sioniste, de créer le «foyer» juif et plus tard «l’Etat juif». Sur l’histoire antique, les archéologues israéliens Finkelstein et Silberman parlent de «la Bible dévoilée» quand Sand parle de «mythistoire». Ils sont d’accord sur l’essentiel. De toute façon, dans la communauté des archéologues et des historiens, il n’y a plus que des divergences de détail. La Bible diffère peu de l’Iliade et l’Odyssée. Un livre extraordinaire qui a frappé et impressionné des millions d’humains à travers les siècles.
Mais une histoire largement légendaire.
Sand confirme : les épisodes de l’arrivée des Hébreux depuis la Mésopotamie ou celui de l’entrée et la sortie d’Egypte sont inventés.
Ils correspondent à la volonté des auteurs de la Bible de se donner des origines, une histoire et une raison d’être politiquement correctes.
Quand le fasciste Baruch Goldstein massacre 29 Palestiniens (en 1994) dans le «caveau des patriarches» censé être le tombeau d’Abraham, la fiction devient meurtrière.
L’épisode le plus horrible de la Bible, la conquête sanglante de Canaan par Josué, premier texte d’apologie du «nettoyage ethnique» est aussi inventé. Les Hébreux sont un peuple autochtone, ils n’ont rien conquis.
Ce texte constitue le socle idéologique du courant national-religieux pour qui «Dieu a donné cette terre au peuple juif». Au nom de ce texte, près d’une moitié de la société israélienne est favorable au
«transfert», la déportation des Palestiniens au-delà du Jourdain.
Le royaume unifié de David et Salomon est également une fiction. À l’époque présumée de la reine de Saba, Jérusalem était un village et les fouilles incessantes sous Jérusalem ne font que confirmer cette thèse. Il est probable que le royaume d’Israël (détruit en 722 av JC par les Assyriens) et celui de Judée (détruit en 586 av JC par les Babyloniens) ont toujours été des entités distinctes. Or le sionisme aujourd’hui prétend ressusciter le royaume unifié et occuper toutes les terres sur lesquelles il se serait étendu.
La Bible a été écrite essentiellement pendant l’exil à Babylone. Une partie importante de la population judéenne n’est pas revenue. Ses descendants sont les Juifs Irakiens, Iraniens ou ceux de Samarkand.
Sand analyse les documents historiques sur la guerre menée par Titus et 60 ans plus tard sur la dernière révolte juive dans la région, celle de Bar Kochba. Il analyse le principal texte, le livre de Flavius Josèphe
«La guerre des Juifs». Il montre qu’il n’y a pas eu expulsion, qu’il y avait déjà avant d’importantes communautés juives à Babylone, Alexandrie ou Rome. Il n’y a aucune trace d’un départ massif de la
population. C’est l’histoire officielle sioniste qui a inventé, en gonflant les chiffres, le mythe de l’expulsion.
De toute façon, les quelques milliers de Judéens partis n’auraient pas pu engendrer l’importante population juive (le chiffre de 8 millions paraît vraisemblable) dans l’empire romain. C’est tout simplement parce
que jusqu’à l’empereur Constantin qui fait du christianisme la religion officielle, la religion juive est prosélyte et en concurrence avec les Chrétiens ou le culte de Mithra.
Les persécutions des Chrétiens arrêtent ce prosélytisme qui se prolongera dans d’autres régions. Sand montre à partir de personnages historiques (la Kahéna, Tariq, celui qui a conquis l’Espagne)
l’importance des conversions au judaïsme de tribus Berbères. Il ne fait pas de doute que les Juifs du Maghreb et en partie les Juifs Espagnols sont les descendants de ces convertis.
Pour les Ashkénazes (les Juifs d’Europe Orientale), Sand revient sur l’histoire des Khazars, peuple turc qui a établi pendant plusieurs siècles un empire entre la Caspienne et la Mer Noire. Il y a la preuve historique de la conversion de l’aristocratie de ce peuple au judaïsme.
Sand estime que la population (y compris les Slaves) de cet empire est à l’origine du peuple Yiddish.
Il montre aussi l’existence d’anciens royaumes juifs au Kurdistan ou au Yémen. Bref les Juifs d’aujourd’hui sont des descendants de convertis.
Cette minorité religieuse n’a jamais exprimé le souhait concret d’un «retour» à Jérusalem. D’ailleurs, ni les Juifs de Babylone (qui ont préféré Bagdad), ni les Juifs Espagnols expulsés (qui ont préféré le Maghreb ou les grandes villes ottomanes) n’ont fait ce choix quand ils en ont eu l’occasion. Le retour est une fiction et la «loi du retour» (qui permet à tout juif de devenir très rapidement un citoyen israélien) est basée sur un mensonge.
Pour Sand, l’existence d’un peuple juif est une fiction. Le seul point commun entre juifs yéménites, espagnols ou polonais, c’est la religion.
Avec un pareil écart entre la réalité historique et l’histoire officielle, il a fallu créer de toutes pièces en Israël la définition de ce qu’est un Juif. Cette politique identitaire a tourné le dos aux idées progressistes du Bund qui prônait l’autonomie culturelle du peuple Yiddish sur place, dans le cadre de la révolution. Elle s’oppose
à toute l’histoire des Juifs comme minorité religieuse dispersée. C’est une définition à la fois biologique et religieuse du judaïsme qui s’est imposée en Israël. Une définition excluant les Non-Juifs dans un Etat
qui n’est pas le leur. Sand explique que se définir «Etat Juif et démocratique» est un oxymore (une contradiction). Et que les dérapages racistes incessants de la société israélienne sont dans l’ordre des
choses d’une telle définition.

Vraiment deux livres qu’il faut lire.

Pierre Stambul
Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 17:57
Message de l'UJFP: les opposants à l'agression israélienne existent aussi en Israël, certains, comme les objecteurs paient leur engagement par des peines de prison:

Tous les Israéliens ne sont pas complètement aveuglés. Même si les partis institutionnels (à l’exception du Parti communiste et des formations arabes à la Knesset) se sont tous ralliés à « l’union sacrée » comme veut la tradition en temps de guerre, la société civile continue à faire de la résistance. À commencer par les objecteurs de conscience, qui n’ont pas baissé les bras et dont plusieurs militants purgent actuellement des peines derrière les barreaux des prisons militaires pour insoumission et refus de faire leur service militaire (obligatoire) dans les territoires occupés, voire pour refus tout court d’être incorporés dans une armée d’occupation. D’autres groupes de citoyens ne sont pas en reste : des syndicats étudiants, la Coalition des femmes pour la paix, les Médecins pour les droits humains, les Rabbins pour les droits humains, Gush Shalom (le bloc de la paix), les Anarchistes contre le Mur, le Centre d’information alternative de Jérusalem et bien d’autres encore, réunis dans la Coalition israélienne contre la guerre. À cela il faut ajouter un certain nombre de journalistes et d’intellectuels dissidents qui font entendre leurs voix. De cette mouvance critique, allant des pacifistes de conviction aux militants anticolonialistes, la presse israélienne ne parle guère. Pas plus que la presse internationale. Et pourtant, cette dissidence israélienne existe bel et bien et c’est elle, avec ses relais dans l’opinion internationale, qui représente un véritable espoir de paix, car fondé sur l’exigence de justice à l’égard du peuple palestinien. C’est à la résistance légitime du peuple palestinien et à l’activité courageuse des Israéliens antimilitaristes que nous exprimons notre soutien, dans la perspective de créer les conditions pour d’une véritable solution politique sur cette terre où ne cesse de se répandre le sang de victimes innocentes.
Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 14:38

Par Pierre Stambul,
Adhérent du Mrap à Marseille et Vice-président de l’Ujfp (Union Juive Française pour la Paix)

Intervention au cours du colloque organisé le à Paris par le MRAP sur le thème "antisémitisme et antisionisme" le 13 mai 2006 à Paris.

Cet intervention a été publiée avec les autres dans le numéro 266 (octobre-novembre-décembre 2006) de la revue Différences "papier"

Les initiales du sigle MRAP ont donné pendant longtemps un rôle à part à l’antisémitisme parmi les autres racismes. Cette situation semblait totalement naturelle au lendemain du génocide nazi. Et puis, en 1977, le nom de l’association a changé pour devenir « Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples » (1). En parcourant l’histoire de l’antisémitisme, j’essaierai d’examiner ce qui a fait la spécificité, voire l’unicité de cette forme de racisme. En posant aussi la question : est-il pertinent de faire aujourd’hui de l’antisémitisme un racisme « à part » ? Quelle est la réalité de l’antisémitisme aujourd’hui ? Y a-t-il recrudescence ?
D’autant que la guerre entre Israël et la Palestine a brouillé les cartes. Les confusions entre la religion juive (ou « israélite »), le ou les peuples juifs, l’idéologie sioniste et l’Etat d’Israël sont permanentes. Ces confusions sont délibérées de la part des institutions juives officielles ou plus généralement chez les partisans inconditionnels des différentes politiques israéliennes. Elles aboutissent à une instrumentalisation de l’antisémitisme et du crime absolu que représente le génocide. Systématiquement et sans discernement, toute critique d’Israël, toute forme d’antisionisme devient de l’antisémitisme, transposition du fameux « Arafat est un nouvel Hitler » qui justifiait chez Sharon le refus de négocier. Dans la confusion, on voit un Juif, ancien résistant et humaniste, comme Edgar Morin, condamné pour propos antisémites. En même temps, des antisémites avérés, les Chrétiens Sionistes Américains, sont devenus les principaux bailleurs de fond des colonies de Cisjordanie.
Les vrais antisémites se sont engouffrés dans la brèche. Comme il n’est plus « politiquement correct » et qu’il est même interdit aujourd’hui de déverser les tombereaux de haine raciste qu’un Dreyfus ou un Léon Blum ont pu subir, du coup, certains antisémites instrumentalisent la guerre du Proche-Orient pour expliquer que les crimes bien avérés commis par Tsahal ont pour origine la nature perverse du judaïsme. J’évoquerai le personnage d’Israël Shamir qui fait le lien entre le « vieil » antisémitisme et celui qui avance masqué.

Lire la suite :
http://www.differences-larevue.org/article-antisemitisme-antisionisme-antiisraelisme-39030091.html
Par François - Publié dans : Sionisme et judaïsme
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