Politique internationale

Mardi 18 septembre 2007 2 18 09 2007 20:56
A lire


Cahier de l'AFPS n°21 : Israël, Iran… Dénucléariser le Moyen-Orient.

Bernard Ravenel avec la collaboration de Patrice Bouveret

Une publication de l'Association France-Palestine Solidarité & Observatoire des armements / CDRPC
Septembre 2007 . 5 € Commandez votre exemplaire à l'adresse suivante : afps@france-palestine.org

Sommaire : Le nucléaire au Moyen-Orient : l’urgence d’une solution.             1
Israël-Iran : quel danger nucléaire ?                                                                 7
• L’option militaire • L’option nucléaire • Et l’Europe ? •
Israël : une menace nucléaire globale                                                            13
• L’arsenal nucléaire d’Israël • L’histoire d’une bombe secrète •
Le rôle décisif de la coopération Israël-France-Israël… sous tutelle
des États-Unis • À partir de 1967, le nucléaire israélien est braqué sur
les capitales arabes • L’axe stratégique États-Unis-Israël-Inde • Vers
une guerre nucléaire au Moyen-Orient ? •
Israël-Iran : le scénario nucléaire .                                                                 . 29
• TNP : entre blocages et mystifications • L’Iran et le nucléaire : du
programme américain à la menace virtuelle • Israël et le nucléaire :
une menace réelle • L’ombre israélienne sur l’Iran • États-Unis : valse
hésitation • Une stratégie commune israélo-américaine ? •
La menace nucléaire israélienne .                                                                    39
• L’option nucléaire • Monopole nucléaire et doctrine de guerre
préventive • Une culture de l’agression •
Dénucléariser le Moyen-Orient                                                                          45
• Un contexte régional transformé • La stratégie conjointe
américano-israélienne • La vraie menace nucléaire, c’est Israël • Et
l’Europe ? • La pression sur l’Iran • Pour une zone exempte d’armes
nucléaires au Moyen-Orient •
Pour en savoir plus                                                                                            57
Déclaration de Téhéran (octobre 2003) .                                                           58
Mordechaï Vanunu, la lutte continue                                                               60
Comité israélien pour un Moyen-Orient sans armes ABC                                 64
Forces nucléaires dans le monde et en Israël                                                 66
Présentation des associations
                                                               
           68

Par Palestine Nancy - Publié dans : Politique internationale
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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 10 2007 23:52
entretien avec Mustafa Barghouti, propos recueillis par Randa Achmawi
publié par al-Ahram hebdo en français le 17 octobre 2007
 
 
Ancien ministre palestinien de l’Information, Moustapha Al-Barghouthi évoque les carences de la prochaine conférence de paix, qui doit se tenir en novembre, et les possibilités de dialogue entre le Fatah et le Hamas.
 
 
Al-Ahram Hebdo : Une conférence internationale sur la paix au Proche-Orient doit se tenir en novembre aux Etats-Unis. Qu’attendent les Palestiniens de cette rencontre dont les contours et les objectifs restent flous ?
 
Moustapha Al-Barghouthi : Les Palestiniens n’attendent pas grand-chose de cette réunion. Car il ne s’agira pas d’une conférence, mais tout juste d’une réunion. On se détourne de l’idée d’une vraie conférence internationale, ayant pour piliers fondamentaux les résolutions des Nations-Unies, la légitimité et le droit international. Malheureusement, il n’est pas encore clair pour nous quels seront les textes de référence qui seront adoptés dans cette réunion et à quoi exactement on veut aboutir par sa tenue. Nous sommes très inquiets des tentatives de détournement du droit international et des résolutions des Nations-Unies concernant la cause palestinienne et nous craignons l’imposition d’un accord à un moment où le côté palestinien est extrêmement affaibli. Tout cela a été pour nous très visible lors des rencontres entre représentants israéliens et palestiniens. Israël est en train d’attiser et de profiter des actuelles divisions pitoyables dans les rangs palestiniens. Et il n’existe aucun indice indiquant que cette réunion peut apporter quoi que ce soit.
 
Or, il existe trois indices montrant qu’Israël a dès maintenant avorté toute possibilité d’aboutir à un dénouement acceptable pendant cette réunion.
Il y a, d’abord, les déclarations des responsables israéliens. Le premier ministre Ehud Olmert a déclaré récemment qu’une période de 20 à 30 ans est nécessaire pour parvenir à une solution définitive ? [1]. Lui et sa ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, répètent à l’envi qu’il faut reporter toute discussion sur les dossiers liés à une solution définitive du problème israélo-palestinien.
Ensuite, il y a le fait qu’Israël envahit les territoires palestiniens en moyenne 20 fois par semaine.
Enfin, je relève l’annonce israélienne très dangereuse déclarant la bande de Gaza « entité hostile ». Cela veut dire en d’autre termes qu’il y aura un renforcement de la séparation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza et, par la suite, la destruction de l’idée même d’un Etat palestinien indépendant.
 Nous pensons qu’Israël n’est pas un partenaire sérieux pour la réalisation de la paix. Les Israéliens veulent seulement gagner du temps et tromper l’opinion mondiale, alors que sur le terrain, ils ne cessent de renforcer leurs projets d’occupation.
 
 Mais ne pensez-vous pas que l’actuelle tournée au Proche-Orient de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, peut apporter une note d’optimisme à ce sombre tableau ?
 
 Comment peut-on parler d’optimisme alors qu’Israël reçoit Condoleezza Rice avec l’annonce de la confiscation de 110 hectares de terres palestiniennes près de Jérusalem [2]? En même temps, Israël détruit sur le terrain toute possibilité de continuité géographique entre les différentes régions palestiniennes. Dans la réalité et à travers ses pratiques, Israël est en train de détruire la viabilité d’un Etat palestinien et, par conséquent, toute possibilité de paix.
 
C’est pour contrer ces politiques israéliennes que nous avons demandé à l’Autorité palestinienne de poser trois conditions à sa participation à la réunion de novembre. La première est qu’Israël cesse immédiatement ses travaux de construction de colonies. La deuxième est qu’il arrête la construction du mur raciste de l’Apartheid. La troisième condition est qu’il revienne sur sa décision de traiter la bande de Gaza comme une « entité hostile ».
 
 Mais ne pensez-vous pas que les Palestiniens, par la division entre le Fatah et le Hamas, facilitent la tâche de l’Etat hébreu, et qu’il leur faut d’abord s’entendre sur une position commune concernant un règlement de la question palestinienne ?
 
 La situation interne a connu ces derniers jours une évolution positive, car pour la première fois depuis les pitoyables événements de juin dernier dans la bande de Gaza, nous avons pu réunir autour d’une même table des représentants du Fatah et du Hamas. Ceci a eu lieu lors d’une cérémonie d’hommage à la mémoire de l’éminente figure de la lutte nationale palestinienne, Haïdar Abdel-Chafi. Nous nous sommes réjouis de cette rencontre, car elle a brisé la glace qui était en train de se créer. Nous poursuivons nos efforts et œuvrons dans le sens du recouvrement de notre unité nationale, car nous ne pouvons pas concevoir la Palestine autrement. Certains ont peut-être eu l’illusion qu’il serait possible de parvenir unilatéralement - de la part de l’Autorité palestinienne - à des accords avec Israël. J’ai l’impression que ces illusions commencent à se dissiper maintenant et que les parties palestiniennes sont en train de retrouver leur lucidité et leur capacité de discernement. Et c’est aussi à cause de cela que nous espérons que l’Autorité palestinienne acceptera les propositions que nous lui avons faites concernant les conditions de sa participation à la réunion de cet automne.
 
 Vous présidez l’« Initiative nationale palestinienne », une association qui lutte contre l’occupation israélienne. La société civile palestinienne, dont vous êtes l’un des porte-parole, ne doit-elle pas jouer un rôle pour rapprocher le Fatah et le Hamas et contribuer ainsi à retrouver l’unité nationale ?
 
 Nous avons déjà annoncé une « Initiative de salut national » et engageons un dialogue continu avec toutes les parties pour la mettre en pratique. Cette initiative est formée d’un certain nombre de points et demandes que les parties doivent respecter. La première est l’arrêt immédiat des campagnes médiatiques que les parties mènent les unes contre les autres. Le deuxième point est l’élaboration d’une charte commune et provisoire de référence que doivent approuver toutes les parties. Le troisième point est la dissolution des deux gouvernements actuellement en place dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, et la constitution d’un gouvernement indépendant et transitoire approuvé par toutes les parties et qui pourra agir en vue d’unifier à nouveau la Cisjordanie et la bande de Gaza des points de vue politique et administratif. Enfin, nous avons proposé une réforme des appareils sécuritaires en éliminant l’aspect d’affiliation aux partis politiques. Nous avons des conceptions claires sur la stratégie devant être adoptée par le peuple palestinien et essayons de la présenter à toutes les parties concernées.
 
Mais il faut aussi dire qu’Israël et certaines parties de la communauté internationale exercent des pressions sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle ne reprenne pas le dialogue avec les autres factions de l’échiquier politique palestinien, et c’est aussi pour cette raison que nous devons redoubler nos efforts de médiation.
 
J’ai l’impression que lorsque les parties palestiniennes découvriront que la réunion de cet automne n’est qu’une chimère, cela nous aidera à les convaincre de la nécessité d’un retour au dialogue national .
 
 
Notes :
[1] Les italiques ont été ajoutésà l’édition
[2] Voir le texte de la semaine dernière “Territoires palestiniens. Extension de la colonisation israélienne : de Maalé Adoumim à Jérusalem“
Par Palestine Nancy - Publié dans : Politique internationale
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 11 2007 21:17
Annapolis partout, justice nulle part

Ce n’est pas parce que Mr Bush se souvient brutalement que depuis 60 ans il y a une guerre au Proche-Orient que celle-ci va cesser.
Dans cette guerre, on peut feindre de croire qu’il y a une symétrie avec des modérés plein de bonne volonté dans les deux camps et des méchants extrémistes qui sabotent la paix. Sauf que les faits sont têtus. Il y a bientôt 60 ans, le peuple palestinien a été victime d’un nettoyage ethnique qui a fait de lui un peuple de réfugiés. La communauté internationale lui a fait payer pour le génocide nazi alors que les Palestiniens n’avaient aucune responsabilité dans ce crime. Depuis 40 ans, il y a clairement un occupant et un occupé. Il y a un peuple qui vit tous les jours les humiliations, le blocus, les check-points, le casse-tête quotidien pour franchir le Mur, les assassinats ciblés, les arrestations arbitraires, la confiscation de l’eau et de la terre. Et puis il y a la colonisation qui est devenu le centre des activités israéliennes. Elle s’accompagne du projet fou de faire venir tous les Juifs en Israël. 450000 Israéliens vivent dans les territoires occupés depuis 1967. Plus de la moitié vivent à Jérusalem Est dont les limites ont été décuplées et qui s’étend aujourd’hui de Ramallah à Bethléem. Certaines colonies sont devenues de véritables villes et coupent la Cisjordanie en plusieurs morceaux. L’ancien village martyr de Deir Yassin a disparu, remplacé par un « nouveau quartier » de Jérusalem. Le tunnel routier qui passe sous ce nouveau quartier s’appelle tunnel Menachem Begin du nom du terroriste qui a dirigé le massacre de Deir Yassin.
Aucune carte israélienne n’indique la frontière internationalement reconnue. L’annexion n’est plus rampante, elle se veut irréversible. L’autoroute Tel-aviv Jérusalem traverse les territoires occupés. La plus grande entreprise de cosmétique est en territoire occupé. Des routes de contournement permettent aux Israéliens de sillonner sans problème la Cisjordanie.
Israël n’est pas menacé. Le pays a été reconnu dans ses frontières de 1949 (soit 78% de la Palestine historique) par la communauté internationale alors que le plan de partage de 1947 en accordait beaucoup moins. Depuis 1988, l’OLP a accepté de limiter le futur Etat Palestinien aux territoires occupés. C’est une concession énorme. Si demain, un gouvernement israélien acceptait de revenir à la frontière internationalement reconnue, la paix serait immédiate.
Alors pourquoi il n’y a pas la paix ? Parce qu’il y a consensus en Israël pour garder Jérusalem, pour garder Ariel, Maale Adoumim, Latrun … Parce que les différents gouvernements israéliens n’ont jamais considéré que les deux peuples avaient des droits égaux. Pour eux, un Etat Palestinien, ce serait au mieux quelques cantons éclatés, un bantoustan. Même Yitzhak Rabin, entre la signature des accords d’Oslo et son assassinat, avait installé plus de 50000 nouveaux colons.
À Annapolis, les dirigeants israéliens et leurs alliés américains n’ont aucune envie de poser les vrais problèmes : la fin de l’occupation, le démantèlement des colonies, le retour aux frontières de 67, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ils refuseront de parler du Droit ou de la Justice. Ils continueront de vouloir traiter en premier la sécurité de l’occupant. Ils feront pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il accepte de capituler en échange d’une aide pour vaincre le Hamas. Ils refuseront toute discussion sur le droit au retour des Palestiniens. Au nom de quoi les Juifs auraient-ils le droit à un prétendu retour sous prétexte qu’il y avait des Juifs dans la région il y a 2000 ans, alors que les expulsés de 47-48 et leurs descendants seraient condamnés à l’exil ?
Quand Annapolis aura échoué, comme à Taba et à Camp David, les dirigeants israéliens proclameront que décidément « ils n’ont pas de partenaire pour la paix » et ils lanceront contre les dirigeants palestiniens la même propagande que celle qui a frappé Arafat à la fin de sa vie. Cette fuite en avant n’est pas seulement criminelle pour les Palestiniens, elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens.

Pierre Stambul
(Union Juive Française pour la Paix)
Par Palestine Nancy - Publié dans : Politique internationale
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Dimanche 20 avril 2008 7 20 04 2008 11:39
Par François - Publié dans : Politique internationale
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Lundi 16 juin 2008 1 16 06 2008 20:24
http://www.protection-palestine.org/spip.php?article6322
Non, je ne peux pas !
Uri Avnery

publié le dimanche 15 juin 2008.

07/06/2008 .

Après des mois d’une course dure et amère, d’un combat sans merci, Barack Obama est venu à bout de sa formidable opposante, Hillary Clinton. Il a accompli un miracle : pour la première fois dans l’histoire, une personne de couleur s’est muée en candidat crédible à la présidence dans le pays le plus puissant de la planète.Et quelle fut la première chose qu’il fit après cette étourdissante victoire ? Il se rendit à la conférence du lobby israélien, l’AIPAC, et y fit un discours qui pulvérisa tous les records d’obséquiosité et de flatterie servile. C’est suffisamment choquant en soi. Plus choquant encore : le fait que personne n’a été choqué.

Ce fut une conférence triomphaliste. Même cette organisation puissante n’avait jamais rien vu de tel. Sept mille fonctionnaires juifs des quatre coins des États-Unis s’étaient réunis pour accepter l’obédience de toute l’élite de Washington venue faire des courbettes devant eux. Tous les trois candidats à la présidence firent des discours, tentant de se surpasser mutuellement dans la flagornerie. Trois cents sénateurs et membres du Congrès se massaient dans les couloirs. Tous ceux qui voulaient être élus ou réélus à quelque poste que ce fût, en fait, tous ceux animés de la moindre ambition politique, étaient venus voir et se montrer.

La Washington de l’AIPAC, c’est en quelque sorte la Constantinople des empereurs byzantins au moment de leur splendeur.

Le monde avait les yeux braqués sur la scène, empli d’émerveillement. Les médias israéliens étaient en extase. Dans toutes les capitales du monde, on suivait de près l’événement et on tirait des conclusions. Tous les médias arabes écrivirent en long et en large sur la chose. Al-Jazeera consacra une heure entière à discuter du phénomène.

Les conclusions les plus extrêmes des professeurs John Mearsheimer et Stephen Walt furent confirmées dans leur totalité. À la veille de leur visite en Israël, le lobby israélien se trouvait au centre de la vie politique américaine et mondiale au sens large.

Et pourquoi, en fait ? Pourquoi les candidats à la présidence des États-Unis croient-ils que le lobby israélien soit si absolument essentiel à leur éventuelle élection ?

Les votes juifs sont importants, bien sûr, et particulièrement dans plusieurs États à ballottage qui peuvent décider du résultat final. Mais les Afro-Américains ont davantage de votes, de même que les Hispaniques. Obama a amené sur la scène politique des millions de nouveaux électeurs jeunes. Numériquement, la communauté arabo-musulmane des États-Unis n’est pas non plus un facteur négligeable.

Certaines personnes disent que l’argent juif parle. Les Juifs sont riches. Peut-être leurs dons aux causes politiques sont-ils plus importants que ceux des autres. Mais le mythe de la toute-puissance de l’argent juif a une connotation antisémite. Après tout, d’autres lobbys et, à coup sûr, les énormes sociétés multinationales, ont donné des sommes considérables à Obama (de même qu’à ses adversaires). Et Obama lui-même a fièrement annoncé que des centaines de milliers de simples citoyens lui avaient fait parvenir des dons modestes, lesquels, au total, représentaient quand même des dizaines de millions de dollars.

C’est vrai, il a été prouvé que le lobby juif peut quasiment bloquer l’élection d’un sénateur ou d’un membre du Congrès qui ne danse pas – et avec ferveur - au son des binious israéliens. Dans certains cas exemplaires (censés en effet servir d’exemples), le lobby a mis au tapis des hommes politiques populaires en accordant son influence politique et financière à la campagne électorale d’un rival pratiquement inconnu.

Mais, dans la course à la présidence ?

La transparence des flagorneries d’Obama à l’égard du lobby israélien ressort davantage que les efforts dans le même sens des autres candidats.

Pourquoi ? Parce que son étourdissant succès dans les primaires était entièrement dû à sa promesse de provoquer un changement, de mettre un terme aux pratiques malsaines de Washington et de remplacer les vieux cyniques par une personne jeune et brave qui ne compromettrait pas ses principes.

Et voilà ! La première chose qu’il fait après avoir s’être assuré de sa désignation par son parti, c’est de compromettre ses principes. Et de quelle façon !

L’élément remarquable qui le distingue à la fois de Hillary Clinton et de John McCain, c’est son opposition sans compromis à la guerre en Irak et ce, dès le début. C’était courageux. C’était impopulaire. Cela allait totalement à l’encontre du lobby israélien, dont toutes les branches poussaient ardemment Georges Bush à déclencher la guerre qui libéra Israël d’un régime hostile.

Et voilà qu’Obama s’amène, qu’il rampe dans la poussière aux pieds de l’AIPAC et qu’il s’écarte de sa route pour justifier une politique constituant la parfaite négation de ses propres idées.

D’accord, il promet de sauvegarder à tout prix la sécurité d’Israël. C’est la coutume. D’accord, il émet de sombres menaces à l’égard de l’Iran, même s’il a promis de rencontrer ses dirigeants et de régler tous les problèmes de façon pacifique. D’accord, il a promis de ramener nos trois soldats capturés (en croyant erronément que tous trois sont détenus par le Hezbollah – une erreur qui prouve, quoi qu’il en soit, la connaissance superficielle qu’il a de nos problèmes).

Mais sa déclaration à propos de Jérusalem dépasse toutes les bornes. Il n’est pas exagéré du tout de la qualifier de scandaleuse.

Pas un Palestinien, pas un Arabe, pas un musulman ne fera la paix avec Israël si l’enceinte de Haram-al-Sharif (aussi appelé le mont du Temple), l’un des trois lieux les plus saints de l’Islam et le symbole le plus remarquable du nationalisme palestinien, n’est pas restituée à la souveraineté palestinienne. C’est l’une des questions majeures du conflit.

Ce fut à propos de cette question même qu’en 2000, la conférence de Camp David tourna court, même si le Premier ministre israélien de l’époque, Ehud Barak, était d’accord pour partager Jérusalem d’une certaine façon.

Sur ce, Obama se pointe et il ressort du dépotoir le slogan éculé de « Jérusalem sans partage, capitale d’Israël pour toute l’éternité ». Depuis Camp David, tous les gouvernements israéliens ont compris que cette devise constitue un obstacle insurmontable pour tout processus de paix. Elle a disparu – sans bruit, presque en secret – de l’arsenal des slogans officiels. Seule l’extrême droite israélienne (et américano-juive) s’y cramponne, et pour la même raison : étouffer dans l’œuf toute chance de paix qui nécessiterait le démantèlement des colonies.

Lors des précédentes courses à la présidence des États-Unis, les candidats prêts à tout pensaient qu’il suffisait de promettre que l’ambassade des États-Unis serait transférée de Tel-Aviv à Jérusalem. Une fois élu, aucun des candidats ne fit même semblant de tenir cette promesse. Tous furent persuadés par le département d’État que cela aurait nui aux intérêts fondamentaux des États-Unis.

Obama, lui, est encore allé beaucoup plus loin. Il est très possible qu’il se soit agi d’une promesse feinte et qu’il se soit dit : Soit, il faut que je dise cela si je veux être élu. Après tout, Dieu est grand.

Mais, même de la sorte, on ne peut ignorer le fait : la crainte de l’AIPAC est si terrible que même ce candidat, qui promet des changements dans tous les domaines, n’ose pas passer outre. Sur ce plan, il accepte la routine washingtonienne la plus éculée. Il est prêt à sacrifier les intérêts les plus fondamentaux des États-Unis. Après tout, les États-Unis ont un intérêt primordial dans la réalisation d’une paix israélo-palestinienne qui leur permettrait de trouver des moyens de gagner les cœurs des masses arabes de l’Irak au Maroc. Obama a terni son image dans le monde musulman et il a hypothéqué son avenir – pour autant qu’il soit élu à la présidence, et même s’il l’est.

Il y a soixante-cinq ans, les Juifs américains se tenaient là, désespérés, pendant que l’Allemagne nazie exterminait leurs frères et sœurs en Europe. Ils étaient incapables de décider le président Franklin Delano Roosevelt à faire quoi que ce fût de significatif en vue de faire cesser l’Holocauste. (Et, dans un même temps, de nombreux Afro-Américains n’osaient pas s’approcher des bureaux de vote, de crainte qu’on ne lâchât des chiens sur eux.)

Qu’est-ce qui a provoqué cette ascension étourdissante vers le pouvoir de l’establishment juif américain ? Son talent organisationnel ? L’argent ? La montée à l’échelle sociale ? La honte de son manque de zèle durant l’Holocauste ?

Plus je réfléchis à ce phénomène étonnant, plus ma conviction se renforce (et j’avais déjà écrit sur la question dans le passé) : ce qui compte réellement, c’est la similitude entre l’entreprise américaine et l’entreprise sioniste, tant dans le domaine spirituel que dans le domaine pratique. Israël est une petite Amérique, les États-Unis sont un immense Israël.

Les passagers du Mayflower, à l’instar des sionistes de la première et de la seconde aliya (vagues d’immigration), fuirent l’Europe, transportant dans leurs cœurs une vision messianique, soit religieuse, soit utopique. (En fait, les sionistes de la première heure étaient des athées, mais les traditions religieuses exerçaient une influence puissance sur leur vision.) Les fondateurs de la société américaine étaient des « pèlerins », les immigrants sionistes se qualifiaient d’« olim » – une abréviation pour olim beregel, pèlerins. Les uns et les autres mirent le cap sur une « terre promise », se croyant des peuples élus de Dieu.

Les uns et les autres souffrirent beaucoup, dans leur nouveau pays. Ils se considéraient comme des « pionniers », des gens qui font fleurir les immensités désertes, un « peuple sans terre et une terre sans peuple ». Les uns et les autres ignorèrent complètement les droits des peuples indigènes, qu’ils considéraient comme des sous-hommes sauvages et des criminels. Les uns et les autres voyaient dans la résistance naturelle des populations locales une preuve de leur caractère criminel inné, ce qui justifia même les pires des atrocités. Les uns et les autres chassèrent les indigènes et prirent possession de leurs terres comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde, s’établissant sur chaque colline et sous chaque arbre, une main sur la charrue et la Bible dans l’autre.

C’est vrai, Israël n’a rien fait qui approchât le génocide perpétré contre les indigènes américains, ni l’esclavage qui persista aux États-Unis durant de nombreuses générations. Mais puisque les Américains ont réprimé ces atrocités dans leur conscience, rien ne les empêche de se comparer aux Israéliens. Il semble que, dans l’esprit inconscient des deux nations, il y ait un ferment de sentiments de culpabilité réprimés qui s’expriment par le refus de reconnaître leurs crimes passés, par une grande agressivité et par l’adoration du pouvoir.

Comment se fait-il qu’un homme comme Obama, fils d’un père africain, s’identifie aussi complètement aux actions des précédentes générations de blancs américains ? Cela montre une fois de plus la faculté d’un mythe de s’enraciner dans la conscience d’un individu, au point que ce dernier s’identifie à 100 pour cent au récit national imaginé. À ceci, on peut ajouter le besoin inconscient d’appartenir au clan des vainqueurs, si possible.

Par conséquent, je n’accepte pas sans réserve ce raisonnement : « Eh bien, il doit s’exprimer de la sorte s’il veut être élu. Une fois à la Maison-Blanche, il redeviendra lui-même. »

Je n’en suis pas sûr du tout. Il se peut très bien que ces choses aient une emprise étonnamment forte sur son monde mental.

D’une chose, je suis toutefois certain. Les déclarations d’Obama à la conférence de l’AIPAC sont très, très mauvaises pour la paix. Et ce qui est mauvais pour la paix est mauvais pour Israël, mauvais pour le monde et mauvais pour le peuple palestinien.

S’il s’y tient, une fois élu, il sera obligé de dire, en ce qui concerne la paix entre les deux peuples de ce pays : « Non, je ne peux pas ! »

Article en anglais, "No, I Can’t !", Gush Shalom, le 7 juin 2008.

Par François - Publié dans : Politique internationale
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