Colonisation

Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /2007 16:22
Quelques rappels salutaires de Gideon Levy à la veille d’Annapolis : "Israël ne veut pas la paix, Israël veut l’occupation. Celui qui projette la paix et un Etat palestinien, ne construit pas même un balcon dans les Territoires. Au cours de l’année écoulée, 3.525 nouvelles unités d’habitation ont encore été construites, sous un gouvernement qui parle de fin de l’occupation et de deux Etats. Les grandes discussions se retrouvent vidées de tout contenu face à ces chiffres : la construction tourne à plein régime dans 88 colonies."

"Israël-Palestine : la paix est en fête ou démonstration des véritables intentions

La paix est en fête : Israël compte annoncer le gel de la construction dans les colonies, pour compenser son refus de discuter des questions centrales. Les Palestiniens ne se tiennent plus d’émotion devant tant de gestes dont Israël les inonde, d’abord une libération de prisonniers et maintenant la suspension de la construction, et le Premier Ministre a déjà rencontré les dirigeants des colons pour leur faire part de sa décision. Tout en s’échangeant des clins d’œil roublards, ils ont dit que cela avait été « une rencontre difficile », comme toujours. Cela ne fait aucun doute : Israël veut la paix. Seulement, on oublie un tout petit détail, marginal : Israël a signé une série d’engagements à geler les colonies, engagements que jamais, au grand jamais, il n’a songé à remplir. Sur 40 années d’occupation, la construction n’a été gelée que durant trois ans, en dépit de tous les accords et de tous les engagements à le faire. Il n’y a aucune raison de croire qu’Israël en agira autrement cette fois.

De toutes les exactions d’Israël dans les Territoires occupés, la brutalité, les destructions, le blocus, l’affamement, le black-out, les checkpoints et les arrestations en masse, rien d’autre que les colonies ne rend si bien témoignage des intentions véritables. Chaque maison qui est bâtie dans les Territoires, chaque poteau électrique, chaque route vaut mille témoins : Israël ne veut pas la paix, Israël veut l’occupation. Celui qui projette la paix et un Etat palestinien, ne construit pas même un balcon dans les Territoires.

Depuis Oslo jusqu’à la Feuille de Route en passant par Camp David, Israël n’a pas gelé l’entreprise la plus criminelle de son histoire. Rafraîchissons-nous la mémoire par ce bref rappel : au paragraphe 7 de l’accord d’Oslo, nous nous sommes engagés à ce que « aucune des parties ne prendra de mesures unilatérales modifiant la situation sur le terrain, avant l’achèvement des négociations sur un statut définitif ». Au cours de la décennie qui a suivi, le nombre des colons a doublé. Les héroïques efforts de paix d’Ehoud Barak lorsqu’il était Premier Ministre ? Pendant l’année et demie de son gouvernement, Israël a entrepris la construction de 6.045 unités de logement dans les Territoires. Et à quoi Israël s’est-il engagé deux ans plus tard, dans la Feuille de Route ? – « Le gouvernement d’Israël gèlera toute activité de colonisation, conformément au rapport Mitchell, y compris la croissance naturelle des colonies ». Et que s’est-il passé sur le terrain ? Des accusations à l’encontre des Palestiniens qui ne mettent pas en application les accords, et une mer de nouveaux colons. Pareil en 2005, autre grande « année de paix » : celle du désengagement. Et qu’a fait Israël dans son arrière-cour ? Encore 12.000 nouveaux colons.

Cette entreprise, dont l’objectif est d’anéantir tout espoir de paix, est aussi une entreprise criminelle : selon les chiffres de la Paix Maintenant, basés sur des données de l’Administration civile que celle-ci a tenté de cacher des années durant, environ 40% des colonies sont bâties sur la propriété privée de Palestiniens dont la terre, qui est généralement leur seul bien, a été volée au grand jour par l’Etat occupant. Cela s’est passé des années après que la Cour suprême ait décrété, en 1979, qu’il était interdit de construire sur des terres palestiniennes privées.

Nous sommes maintenant à la veille d’un nouvel événement de paix. Nous ne sommes pas encore partis pour Annapolis mais au cours de l’année écoulée, 3.525 nouvelles unités d’habitation ont encore été construites, sous un gouvernement qui parle de fin de l’occupation et de deux Etats. Les grandes discussions se retrouvent vidées de tout contenu face à ces chiffres : la construction tourne à plein régime dans 88 colonies. Allez voir dans les Territoires. Lorsque la société de construction Heftsiba a fait faillite, nous avons tout à coup découvert les images de centaines de nouveaux colons, nous démontrant encore les proportions de cette entreprise « gelée ».

Les montagnes de prétextes - les « blocs de colonies » et la « croissance naturelle », « en dehors de la clôture » et « à l’intérieur de la clôture » - ne peuvent recouvrir la vérité nue : cette entreprise ne s’est pas arrêtée un instant ; elle ne s’arrêtera pas maintenant. Le quart de million de colons sont complices mais la vraie culpabilité est ailleurs : elle est du côté de tous les gouvernements d’Israël, exception faite du second gouvernement d’Yitzhak Rabin. Maintenant, lorsqu’Ehoud Olmert dit non, à quoi en songe-t-il ? « Non veut-il vraiment dire non ? Peut-être signifie-t-il seulement peut-être mais pas maintenant ? », comme dit la chanson. Au vu de l’expérience du passé, l’amère vérité est que le non d’Olmert, comme celui de ses prédécesseurs, a plus valeur d’invitation qu’un oui."

Gideon Lévy

Haaretz, 18 novembre 2007

www.haaretz.co.il/hasite/spages/925162.html (Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)

http://www.europalestine.com/spip.php?article2873

Par François - Publié dans : Colonisation
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Dimanche 23 décembre 2007 7 23 /12 /2007 10:03
Les "rois mages" aujourd'hui :
undefined
Par François - Publié dans : Colonisation
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Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 21:00
Pas de paix sans Jérusalem
Morsi Attalla, publié dans al-Ahram hebdo en français le 19 décembre 2007,
 
Il est certain aujourd’hui que l’avenir du processus de paix dépend désormais de la possibilité de trouver une solution acceptable concernant Jérusalem bien que de nombreuses embûches et complications entourent les autres dossiers comme celui des réfugiés, des implantations, des frontières et de l’eau.
 
Jérusalem est la pierre angulaire qui déterminera la voie du processus de paix dans toute la région. En effet, pour les Arabes, les musulmans et les chrétiens, ce sujet ne peut supporter davantage de compromis et de concessions tactiques portant atteinte à la réalité qui existait avant le 4 juin 1967.
 
Depuis son occupation en juin 1967, Israël a consacré un programme spécial à Jérusalem qui consiste à créer une réalité géographique et démographique complexe et insoluble. Dans ce cas, aucune solution politique ne peut être imposée dans le cadre d’un éventuel compromis.
 
L’objectif d’Israël a toujours été d’opérer un changement radical dans la composition démographique de la ville de Jérusalem de sorte que le nombre des habitants juifs soit le plus grand notamment à Jérusalem-Est. Pour ce, Israël a octroyé des facilités illimitées aux habitants juifs et a imposé des contraintes illimitées aux habitants arabes. De plus, il a tenté d’opérer un changement géographique global et rapide afin de changer radicalement les caractères de la ville sainte, en intensifiant la construction des implantations de sorte qu’il devienne impossible de repartager la ville. Israël cherche ainsi à imposer la réalité de la ville unifiée sous la domination israélienne.
 
Israël a un autre objectif, celui de terroriser les habitants arabes de Jérusalem, de faire pression sur eux de toutes les manières légitimes et non légitimes pour les pousser à partir, à vendre leurs terres, leurs commerces et leurs biens immobiliers. Lorsque les Palestiniens ont campé sur leurs positions et ont refusé d’abdiquer, Israël a eu recours à l’arme de la confiscation des biens et des terres. Il a entravé le mouvement du travail et du commerce dans le secteur Est de la ville de telle sorte que la différence ait été devenue énorme entre le niveau de vie, les taux de croissance et les facilités de mouvement entre les deux parties de la ville. Il est grand temps pour que le négociateur palestinien tranche ses positions et adresse un message franc et clair aux Israéliens. Il doit leur dire que malgré les changements démographiques qu’ils ont opérés à Jérusalem, il est impossible de parvenir à un règlement final sans trouver une formule déterminée reflétant la réalité de la domination palestinienne sur la ville arabe de Jérusalem. Il est vrai que les mesures de judaïsation ont imposé une majorité juive sur la ville arabe de Jérusalem. Cependant, le Grand Jérusalem, qui englobe Ramallah et Bethléem et qui représente le prolongement naturel de toute expansion à venir, peut réaliser l’équilibre requis entre les habitants arabes et les habitants juifs dans le cadre de tout éventuel règlement.
 
Certains disent que les implantations israéliennes à Jérusalem représentent une entrave face à une solution pratique permettant le retour de la souveraineté arabe sur le secteur Est de la ville. Nous pouvons répondre : Pourquoi ne pas considérer ces implantations comme une partie des indemnisations qu’Israël doit verser au peuple palestinien conformément aux résolutions de l’Onu promulguées en 1948 sur le droit du retour ou le droit aux indemnisations ?
 
Si nous parlons vraiment d’une paix réelle, pourquoi ce qui est valable pour Jérusalem ne deviendrait-il pas une introduction à la résolution du problème des implantations répandues dans tous les territoires palestiniens occupés ?
 
…..
Aucune partie, quelle que soit sa force ou sa capacité, ne peut croire qu’il est possible de transformer le fait accompli en paix. L’histoire du conflit arabo-israélien le démontre parfaitement.
 
Les batailles de 1947 se sont terminées par une trêve qui ne s’est pas transformée en paix. Les batailles de 1956 aussi se sont terminées par une trêve qui ne s’est pas transformée en paix. Même la guerre de juin 1967, malgré les gains qu’elle a attribués à Israël, a abouti à de nouvelles lignes de cessez-le-feu
. …..
Ce sont là les leçons tirées d’une série de guerres. Ce sont leurs conséquences sur le terrain de la réalité…..Mais la paix est tout autre chose. Elle ne peut se matérialiser que par le respect réciproque et la reconnaissance mutuelle des droits légitimes des uns et des autres .
 
Article intégral sur le site de l’AFPS : http://www.france-palestine.org/article7704.html
Par Palestine Nancy - Publié dans : Colonisation
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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /2008 07:33
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /2008 15:31

Feu vert à l'extension d'une colonie juive de Cisjordanie

Par François - Publié dans : Colonisation
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /2008 20:38
http://www.humanite.fr/Etat-palestinien-face-a-face-Leila-Shahid-Regis-Debray

Y aura-t-il un État palestinien ? Notre face-à-face

Dans L’Humanité des débats du samedi 26 avril, face-à-face Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne et Régis Debray, écrivain, médiologue.

Par François - Publié dans : Colonisation
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Samedi 17 mai 2008 6 17 /05 /2008 12:13
Le réveil des Palestiniens d'Israël
LE MONDE | 16.05.08
© Le Monde.fr
Par François - Publié dans : Colonisation
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /2008 21:58
http://juliensalingue.over-blog.com/article-19921618.html

« Si un jour arrive où la solution à deux Etats s’écroule et où nous devons faire face à un combat de type Sud-Africain pour l’égalité des droits civiques
(incluant les Palestiniens des territoires occupés),
alors, dès que cela se produira, ce sera la fin de l’Etat d’Israël
».
(Ehud Olmert, Premier Ministre israélien)

L’objet de cet article est de contribuer au débat récurrent sur la pertinence du mot d’ordre de l’Etat palestinien indépendant, qui connaît une nouvelle actualité depuis plusieurs mois, notamment dans l’opinion et la presse palestiniennes et arabes. Je n’entends évidemment pas ici analyser l’ensemble des termes du débat, ni l’examiner sous toutes ses dimensions et dans toutes ses implications. Je ne m’étendrai pas ici sur les raisons structurelles qui m’ont toujours convaincu de la justesse de la revendication d’un Etat unique, démocratique, sur l’ensemble de la Palestine du mandat. Il s’agit plutôt d’exposer une partie des raisons conjoncturelles qui font que, selon moi, et comme le titre de l’article l’indique, le temps est définitivement venu d’abandonner le mot d’ordre de l’Etat palestinien indépendant. Je tiens à préciser, pour me prémunir de l'accusation classique de "parler à la place des Palestiniens", que l'essentiel des considérations que je développe ici sont avant tout le produit de discussions avec nombre d'habitants des territoires palestiniens, militants ou non.

NB : Une "version courte" de cet article a été publiée sur le site Rue89 
ICI.


Retour aux sources : « Un peuple sans terre » sur une terre déjà peuplée

Contrairement à une assertion couramment admise, qui affirme que « le conflit israélo-palestinien est une question complexe », les données du problème sont en réalité relativement simples : l’instabilité permanente dans l’ancienne Palestine mandataire résulte, en dernière analyse, de l’indépassable contradiction entre le projet sioniste d’établir un Etat juif en Palestine et la présence sur cette terre d’un peuple autochtone refusant d’abandonner ses droits nationaux. De la grande révolte arabe de 1936, provoquée par l’accélération de l’immigration sioniste et des acquisitions de terres par les colons juifs, à la violente dispersion le 25 mai dernier d’une manifestation contre des expropriations dues à l’agrandissement de la colonie de Hashmon’im, à l’ouest de Ramallah, en passant par la Grande Expulsion de 1947-1949, c’est cette contradiction essentielle qui demeure le moteur du conflit.

Le projet des dirigeants du mouvement sioniste n’a jamais été de partager la terre de Palestine avec les Palestiniens. De David Ben Gourion, père fondateur de l’Etat d’Israël (« L'acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie. On ne demande pas à quelqu'un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un Etat dans les frontières fixées aujourd'hui ; mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter ») à Ehoud Olmert, actuel Premier Ministre (« Chaque colline de Samarie et chaque vallée de Judée est partie intégrante de notre patrie historique (…). Nous revendiquons avec fermeté le droit historique du peuple d’Israël à l’entièreté de la Terre d’Israël »), la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la Palestine du mandat britannique est demeurée l’objectif principal de l’ensemble des dirigeants de l’Etat juif.

Pour y parvenir le mouvement sioniste a eu (et a encore) besoin du soutien des grandes puissances. Mais ce soutien a toujours eu un prix : l’Etat d’Israël devait avoir, au moins en apparence, les attributs d’une démocratie. Une seconde contradiction a donc rapidement fait son apparition, qui a résulté de la nécessité de préserver simultanément le caractère juif et le caractère démocratique de l’Etat. La solution envisagée par les dirigeants du mouvement sioniste, puis de l’Etat d’Israël, a été de s’assurer que les citoyens de l’Etat soient dans leur très grande majorité, sinon dans leur totalité, des Juifs. Ils ont donc dû rapidement trouver, avant même la Déclaration d’Indépendance d’Israël en 1948, une solution au « problème » palestinien, sachant pertinemment que contrairement au mensonge qu’ils avaient sciemment répandu la Palestine n’était pas une « terre sans peuple » et que la seule immigration ne pourrait suffire à assurer la suprématie démographique juive.


De l’expulsion aux cantons

Le peuple palestinien, du fait de son existence même, a toujours été et demeure aujourd’hui encore un obstacle à la pleine réalisation du projet sioniste. De l’annihilation pure et simple de l’obstacle (le Plan Daleth et l’expulsion de 1947-49) à son contournement/containment (le Plan Allon de 1967 et la cantonisation, toujours en cours aujourd’hui), le but reste le même : le plus de territoire et le moins de Palestiniens possible sous juridiction israélienne.

Les Accords d’Oslo, inspirés du Plan Allon, participaient de cet objectif : abandonner la gestion des zones palestiniennes les plus densément peuplées à un pouvoir autochtone tout en gardant le contrôle de la quasi-totalité du territoire, en poursuivant les déplacements de population et en accélérant la colonisation (le nombre de colons a doublé dans les dix années qui ont suivi Oslo). Le « retrait unilatéral » de Gaza s’est inscrit dans cette même logique, de même que la construction du Mur, dont le tracé délimite les cantons palestiniens.

Il y a donc, par-delà les nuances entre Travaillistes et Likoud (et aujourd’hui Kadima), entre les généraux et les civils, une nette continuité dans les politiques des gouvernements de l’Etat d’Israël. Cette continuité et celle du soutien apporté par les grandes puissances à un allié de poids dans une région aux enjeux géostratégiques majeurs, ont produit une réalité qu’il est indispensable de prendre en compte pour toute discussion sur le possible avenir de la Palestine post-mandat :

- Malgré le « retrait » israélien de l’été 2005, les frontières terrestres de Gaza sont quasi-hermétiquement fermées, tant avec l’Egypte qu’avec Israël. La façade maritime et l’espace aérien sont sous contrôle israélien. L’asphyxie est totale et les incursions et bombardements sont quotidiens.

- Jérusalem, proclamée en 1980 « Capitale une et indivisible de l’Etat d’Israël », a fait l’objet d’une politique spécifique de judaïsation et de dépalestinisation. Les quartiers palestiniens sont en outre totalement isolés de la Cisjordanie par les colonies et le Mur. Dans le cadre du projet « Grand Jérusalem », Israël n’a eu de cesse de repousser les limites municipales de la ville vers l’Est en y intégrant les blocs de colonies pour aujourd’hui couvrir plus de 10% de la Cisjordanie.

- La Cisjordanie est coupée en deux par le « Grand Jérusalem », fragmentée en de multiples zones isolées les unes des autres par les colonies, les routes de contournement, les différentes sections du Mur et les 600 checkpoints israéliens. 40 % de sa superficie est aujourd’hui couverte par les infrastructures israéliennes (colonies, routes, camps militaires…). On y dénombre plus de 200 colonies et environ 480 000 colons juifs, qui bénéficient de l’extension de l’ensemble des infrastructures israéliennes, notamment les routes.

Tandis que Gaza est isolée du monde, la Cisjordanie n’est pas seulement « occupée par Israël » mais « intégrée à Israël ». La « Cisjordanie » et la « Ligne Verte » n’existent plus que sur les cartes et chaque jour la superficie intégrée augmente. Le plan de cantonisation est donc en voie d’achèvement. La superficie totale de l’Etat d’Israël comprenant les 40% de la Cisjordanie qui sont de facto annexés et intégrés représente plus de 23 000 km2, contre à peine plus de 3000 km2 de cantons palestiniens isolés dont les entrées et sorties sont sous contrôle israélien (cf carte ci-contre).

Au terme du processus, Israël exercera sa souveraineté sur approximativement 90 % de la Palestine mandataire, desquels environ 90% des 10 millions de Palestiniens seront exclus. Les cantons de Cisjordanie et de Gaza (10% de la Palestine) seront le lieu de résidence des 4 millions de Palestiniens « de l’intérieur ». En concertation avec Israël, une infime partie des réfugiés de l’extérieur se verra offrir la possibilité de s’installer dans les îlots palestiniens. Nul doute que la pression s’accentuera sur les Palestiniens de 48 (les mal nommés « Arabes israéliens ») pour qu’ils quittent Israël et aillent eux aussi rejoindre les réserves.

Telle est la vision qui a servi de fil conducteur, depuis 1967, à l’essentiel de l’establishment sioniste lorsqu’il a compris que l’expulsion de 1947-1949 ne pourrait se renouveler. Une vision qui est aujourd’hui devenu une quasi-réalité.


Des négociations pour « deux Etats » ?

Mais pourtant, diront certains, depuis 1993 Israël a renoncé à ses prétentions sur l’ensemble de la Palestine du mandat et a reconnu la nécessité de rechercher une solution négociée autour du compromis historique « deux Etats pour deux peuples ». Telles sont en effet les apparences, au-delà desquelles il faut aller chercher les motivations profondes des dirigeants israéliens. Mis sous pression par les Etats-Unis, ils ont su faire preuve d’un indéniable sens tactique et ont donné l’impression, au cours des années 90 et 2000, d’accepter l’idée de « pourparlers de paix » et d’adopter le mot d’ordre des « deux Etats » : un Etat palestinien pourrait voir le jour, aux côtés d’Israël, au terme d’un processus négocié. Ils ont ainsi donné l’impression d’ouvrir la porte à une sortie de conflit puisque la direction du Mouvement National Palestinien, au nom du « réalisme », du « pragmatisme politique », et d’une « volonté de compromis », s’était rangée à la solution « à deux Etats » dès le milieu des années 70 et l’avait officialisée durant les années 80.  

Au cours des années 70 et 80, les discussions entre les partisans d’une solution « à deux Etats » et ses adversaires se focalisaient notamment autour de deux de ses principales implications : la reconnaissance de la légitimité de l’Etat d’Israël comme Etat juif et la non-prise en compte, dans la solution proposée, des réfugiés et des Palestiniens de 48. Un relatif consensus s’est néanmoins dégagé autour de l’idée de l’Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza dans la mesure où il était alors conçu, pour une grande majorité des organisations palestiniennes, comme une revendication internationalement plus audible et donc plus populaire que la « libération de toute la Palestine », mais néanmoins avant tout comme une étape plus facile à atteindre avant une solution globale.

Ce choix a eu deux conséquences indirectes et non souhaitées : populariser l’amalgame « question palestinienne = Etat palestinien » et laisser entendre que les conditions étaient réunies pour trouver un terrain d’entente avec Israël quant à un règlement global du conflit. Mais en réalité les « deux Etats » de l’OLP puis de l’Autorité Palestinienne n’ont jamais été les « deux Etats » des dirigeants israéliens. La réalité du terrain et les conditions posées lors des négociations ne laissent planer aucun doute : des Accords d’Oslo au Plan Sharon en passant par les propositions de Barak à Camp David, pour les Premiers Ministres israéliens « l’Etat palestinien » n’a jamais signifié autre chose que les cantons, et le processus négocié a été utilisé avant tout comme un moyen de rendre irréversible la situation sur le terrain tout en prétendant rechercher un compromis.

C’est cette évidence de plus en plus palpable qui a fait ressurgir, au cours des dernières années et plus encore des derniers mois, le débat sur la pertinence du mot d’ordre de l’Etat indépendant, et ce à une large échelle : dans la population palestinienne, dans le Mouvement National, dans le mouvement de solidarité, dans la presse arabe et, de plus en plus, notamment par le biais de tribunes d’intellectuels, dans la presse « occidentale ». Le débat n’évacue pas les questions « classiques » (réfugiés, Palestiniens de 48, reconnaissance de l’Etat juif…) mais il est actualisé à la lumière des récentes dynamiques politiques et des évolutions « sur le terrain » : échecs à répétition des négociations, écrasement du soulèvement de septembre 2000, défaite électorale de la direction de l’Autorité palestinienne, identifiée depuis 20 ans au projet d’Etat palestinien, et surtout poursuite de la politique d’expansion qui fragmente et réduit de plus en plus les territoires prétendument alloués à l’Etat indépendant.


Abandonner le mot d’ordre de l’Etat palestinien indépendant

Au-delà des considérations théoriques (que je ne développerai pas ici) il ressort du débat que les arguments du « réalisme », du « pragmatisme politique » et de la recherche du mot d’ordre « audible et populaire », que l’on pouvait déjà contester dans les années 70 et 80, peuvent aujourd’hui être retournés contre ceux qui les utilisaient jadis. En fait c’est le sens même de l’idée de « compromis possible » qui doit être réexaminé à la lumière de la politique concrète et des « offres » israéliennes de ces dernières années.

La conquête et le contrôle de la Cisjordanie ne sont pas venus compléter le projet sioniste, ils en font partie intégrante, de même que la Cisjordanie fait aujourd’hui partie intégrante d’Israël. Exiger du gouvernement israélien qu’il renonce à la maîtrise de la Cisjordanie n’est donc pas, en ce sens, une position « modérée », une position de « compromis ». Cela ne revient pas en effet à lui quémander quelques « concessions » mais bien à lui demander de revenir sur ce qui a été le cœur de la politique israélienne depuis 1967, de défaire ce que l’ensemble des gouvernements israéliens ont mis plus de quarante ans à construire et, en réalité, d’abandonner purement et simplement le projet sioniste d’établissement d’un Etat juif sur la Palestine mandataire au moment même où il est en passe d'être réalisé.

On peut se demander quel « pragmatisme politique » il y a dans la demande faite à Israël de déplacer, indemniser et reloger près de 500 000 colons, d’abandonner des infrastructures qui lui ont coûté, depuis 30 ans, plus de 60 milliards de dollars (sans compter le « Grand Jérusalem »), d’accepter de « rendre » Jérusalem-est aux Palestiniens ou de partager la souveraineté sur l’ensemble de la ville, de tolérer au cœur de son territoire une route reliant la Cisjordanie et Gaza ou encore de renoncer au contrôle de la frontière avec la Jordanie, le tout dans un contexte où la mobilisation populaire palestinienne s’est essoufflée et où aucune pression internationale ne s’exerce sur le gouvernement israélien.

On peut s’interroger sur le « réalisme » d’un mot d’ordre qui n’a plus de base matérielle : la « Cisjordanie », « Jérusalem-Est », sont des termes qui n’ont aujourd’hui qu’une signification très théorique puisqu’ils se réfèrent à des entités qui n’existent plus suite à leur digestion par l’Etat d’Israël. On peut se demander aussi quel « réalisme » se cache derrière un projet sans soutien populaire : il ne faudrait en effet surtout pas confondre le soutien à la revendication imprécise de l’Etat indépendant, assimilée pour une majorité de Palestiniens à l’idée même d’émancipation vis-à-vis de la domination d’Israël, et une quelconque adhésion de la population à un processus négocié qui n’aboutirait, au mieux qu’à un « Etat » au rabais constitué de cantons sous surveillance israélienne, habités pour moitié par des réfugiés dont le sort ne serait pas réglé.

Au vu des dynamiques récentes et actuelles, le mot d’ordre de l’Etat unique et démocratique n’est en ce sens pas moins « pragmatique » ou moins « réaliste » que celui des « deux Etats ». Bien au contraire.

Pas moins pragmatique car il n’exige, en dernière analyse, rien de plus : l’abandon du projet sioniste d’établissement d’un Etat juif. Beaucoup d’anciens adeptes du mot d’ordre de « l’Etat indépendant étape avant l’Etat unique », reconnaissent aujourd’hui l’inutilité d’une étape qui entretient l’illusion du « compromis possible » entre existence de l’Etat juif et satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien mais qui pour être atteinte nécessite désormais de réunir à peu près les mêmes conditions politiques que celles requises pour la mise en place de l’Etat unique.

Pas moins réaliste car l’Etat unique existe déjà, de la Méditerranée au Jourdain, avec entre autres un seul système économique (déséquilibré mais unifié), une seule monnaie, des infrastructures communes (routes, eau, électricité…) et deux langues, l’Arabe et l’Hébreu, qui sont déjà officiellement celles de l’Etat d’Israël.

Pas moins réaliste car l’idée est en plein essor, connaît de plus en plus de partisans prêts à agir pour la défendre, contribue à sensiblement redynamiser le champ politique palestinien dans lequel elle fait à nouveau débat, et rencontre un écho évident et aisément compréhensible chez les Palestiniens de 48. On pourrait être témoins de nouvelles dynamiques de structuration et de mobilisation de la population palestinienne et par extension du mouvement de solidarité si le mot d’ordre démobilisateur et surréaliste, au vu des conditions objectives, de « l’Etat indépendant et viable au terme d’un processus négocié » était abandonné au profit de l’exigence de l’égalité des droits, dans un seul Etat, pour tous les habitants de la Palestine du mandat.


En guise de conclusion provisoire

Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’un simple changement de mot d’ordre serait la clé de voûte d’un revirement immédiat de la situation et d’une modification instantanée des rapports de forces. Néanmoins les évolutions récentes, les dynamiques en cours et la tournure actuelle des événements indiquent que les mots d’ordre et les stratégies de ces dernières années, que ce soit dans le Mouvement National ou dans le mouvement de solidarité, nécessitent d’être réévalués. C’est ce qui se passe actuellement et c’est ce qui explique que le débat sur la pertinence du mot d’ordre de l’Etat indépendant ait ressurgi sous un jour nouveau.

Devraient être également intégrés à cette réévaluation et à ces débats les positions des dirigeants israéliens, dont la lucidité est parfois assez déconcertante. Je laisserai ainsi Ehud Olmert lui-même conclure cet article, en reproduisant un extrait d’une interview accordée au Haaretz en 2003, souvent citée depuis, à juste titre, par les partisans de l’abandon du mot d’ordre des deux Etats :

« Le temps nous est compté. De plus en plus de Palestiniens ne sont plus intéressés par une solution négociée, à deux Etats, car ils souhaitent changer l’essence même du conflit en passant d’un paradigme de type Algérien à un paradigme de type Sud-Africain ; d’un combat contre « l’occupation », pour reprendre leur vocabulaire, à un combat de type « un homme = une voix ». C’est bien sûr un combat beaucoup plus clair, beaucoup plus populaire et, au final, beaucoup plus puissant ».


NB : Cartes établies d'après des données de l'Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (United Nations OCHA Opt) : http://ochaonline2.un.org/Default.aspx?tabid=8536.
Par François - Publié dans : Colonisation
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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /2008 18:17

COMMUNIQUE DE l'AFPS


sur l'état de la procédure engagée par l'AFPS et l'OLP relative à la construction et l'exploitation d'un tramway en territoire palestinien


Au mois de février 2007, l’AFPS a fait assigner les Sociétés VEOLIA TRANSPORT et ALSTOM devant le Tribunal de Grande Instance de NANTERRE afin d’obtenir l’annulation du contrat signé par ces sociétés, au mois de juillet 2005, avec le gouvernement d’Israël, dans le cadre du consortium City Pass, chargé de la construction et de l’exploitation d’un tramway en Cisjordanie.

L’AFPS a demandé également au Tribunal d’interdire à ces sociétés de poursuivre l’exécution du contrat qui viole notamment les dispositions de la Convention de Genève du 12 août 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, et favorise l’expansion de la colonisation illicite de Jérusalem Est par l’Etat d’Israël, le tracé de la ligne de tramway qui en est l’objet tendant à relier le Centre de Jérusalem Ouest à des colonies de l’Est, installée sur des terres confisquées au Palestiniens.

L’O.L.P. est intervenue à cette procédure et s’est jointe aux demandes de l’AFPS.

Les sociétés ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT, pour éviter tout débat au fond, ont soulevé devant le Tribunal divers moyens d’incompétence et d’irrecevabilité.

Les sociétés prétendaient notamment, revenant en cela sur leurs précédentes déclarations à la presse, qu’elles n’avaient pas signé de contrat avec l’Etat d’Israël.

Le dossier a été plaidé sur les exceptions de procédure le 29 octobre 2007 et le Tribunal a rendu son jugement le 11 janvier 2008.

Le Tribunal a décidé la réouverture des débats afin que les sociétés ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT explicitent et justifient le fondement juridique de leur participation à l’opération de construction et d’exploitation du tramway, et produisent en outre le contrat signé le 17 juillet 2005.

Différents documents incomplets en langue anglaise ont été produits aux débats par ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT qui ont refusé d’en communiquer une traduction jurée en français.

L’OLP et l’AFPS ont demandé au Tribunal de faire respecter la loyauté procédurale, le principe de la contradiction et la nécessité de veiller à ce qu’aucune dénaturation des actes juridiques communiqués ne puisse se produire.

A cette fin, il a été demandé au Tribunal de faire injonction à ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT de communiquer une traduction complète en français, par traducteur juré, de toutes les pièces communiquées en langue anglaise afin de mettre précisément à jour le mécanisme de participation des sociétés françaises à la construction du tramway.

Par jugement du 6 juin 2008, le Tribunal de Nanterre a fait droit aux demandes de l’AFPS et de l’OLP. Il condamne ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT à produire la totalité du traité de concession du 22 septembre 2004 et de ses annexes ainsi que la traduction jurée de tous les documents dans un délai de trois mois.

L’affaire sera à nouveau appelée à l’audience du Tribunal du 15 septembre prochain afin que le juge vérifie si les sociétés ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT ont respecté les obligations ainsi mises à leur charge.

Paris, le 09 juin 2008.

Par François - Publié dans : Colonisation
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Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /2008 12:17

23.12.08 | 13h33
Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, a appelé mardi à la fin de "l'occupation et de l'injustice" en Terre Sainte et exprimé son inquiétude pour l'avenir de Jérusalem "étranglée par les colonies".

 

"Avec Bethléem qui a attendu pendant des siècles celui qui +briserait le joug qui pesait sur le peuple+ (...) nous attendons toujours la manifestation de la grâce du Sauveur qui mettra un terme à l'occupation et à l'injustice", a déclaré Monseigneur Twal dans son message de Noël.


Il a également exprimé son inquiétude pour les chrétiens vivant sur "la terre natale du Christ" et qui "découragés par le manque de paix et la détérioration de la situation politique, émigrent".

Le patriarche latin s'est dit également inquiet du futur de la Ville Sainte de Jérusalem.

"Nous n'oublions pas tout ce qui divise la Ville Sainte: la cupidité, l'injustice et la violence, sans parler de la construction des colonies qui l'étranglent", a-t-il déclaré.

Il s'est élevé par ailleurs contre la barrière de séparation controversée érigée en Cisjordanie par Israël et les centaines de barrages qui limitent la liberté de circulation des Palestiniens dans ce territoire occupé.

"C'est avec douleur et profonde tristesse que nous constatons combien de civils sont bloqués, combien de murs et de barrières sont dressés, créant violence et humiliation, générant rancune et haine", a-t-il souligné, lisant son message de Noël à la presse, à Jérusalem.

Mgr Twal a également évoqué la situation dans la bande de Gaza soumise à un blocus dévastateur par Israël en riposte à la poursuite des tirs des activistes palestiniens sur son territoire.

"Avec tous les patriarches catholiques du Moyen-Orient, nous nous tournons vers nos fidèles et tous les citoyens de Terre Sainte qui vivent dans des conditions dégradées, et nous pensons spécialement au siège injuste imposé à Gaza et qui affecte des centaines de milliers d'innocents", a-t-il affirmé.

"Nous appelons également les Palestiniens à rétablir l'unité entre eux, au sein d'un cadre juridico-étatique légal et reconnu, afin d'épargner aux citoyens la poursuite de ce siège si éprouvant", a-t-il poursuivi.

Les Palestiniens sont profondément divisés depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par les islamistes du Hamas en juin 2007, après en avoir délogé les forces du Fatah loyales au président Mahmoud Abbas.

Le patriarche latin a également annoncé dans son message de Noël que le pape Benoît XVI effectuera en mai sa première visite en Terre Sainte.

Par François - Publié dans : Colonisation
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