Chronique de la répression

Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /2007 20:52

http://www.europalestine.com/spip.php?article2790

Ci-dessous un article du Monde qui rapporte —enfin !— la situation de Jacques-Marie Bourget, journaliste à Paris Match, grièvement blessé il y a 7 ans par l’armée israélienne alors qu’il faisait son métier de reporter à Ramallah, et qui n’a toujours pas obtenu réparation. Le gouvernement français est plus revendicatif quand il s’agit de "notre" soldat Shalit !

Un journaliste français en butte à la justice israélienne

 Depuis bientôt sept ans, le journaliste Jacques-Marie Bourget attend réparation. Grièvement blessé au poumon et au bras gauches, le 21 octobre 2000 à Ramallah, en Cisjordanie, par une balle tirée, selon son intime conviction, par un soldat israélien, Jacques-Marie Bourget a porté plainte, en France, pour tentative d’homicide involontaire, soutenu par l’organisation Reporters sans frontières qui s’est constituée partie civile.

Venu en Israël, au début de la deuxième Intifada, pour le compte de l’hebdomadaire Paris Match, dont il était un collaborateur régulier, le journaliste avait été touché alors qu’il se trouvait en compagnie de confrères à proximité d’un carrefour, théâtre d’affrontements réguliers entre l’armée israélienne et de jeunes Palestiniens.

Selon les témoignages d’autres journalistes présents sur les lieux, Jacques-Marie Bourget, frappé aujourd’hui d’une invalidité de plus 40 %, aurait pu être victime d’un tir provenant d’un hôtel surplombant le carrefour et où avaient pris position des soldats israéliens.

L’expertise de la balle restée entre le poumon et l’omoplate et extraite ultérieurement tend à accréditer ces témoignages. Elle a montré qu’il s’agissait d’un projectile de fabrication israélienne pouvant être tiré par les fusils d’assaut M-16 ou Galil dont sont équipés les fantassins israéliens. Une commission rogatoire a été délivrée, le 27 avril 2005, par une juge du tribunal de grande instance de Paris. Les autorités israéliennes se sont gardées d’y donner suite, ainsi qu’à une demande de déplacement de la magistrate.

Le Quai d’Orsay, sollicité à de nombreuses reprises par l’avocat de la victime, maître William Bourdon, a conseillé une saisine directe de la justice israélienne qui, selon les diplomates chargés du dossier, donne "davantage de résultats", ce dont doute l’avocat de Jacques-Marie Bourget.

Le 29 août, William Bourdon a sollicité l’aide du président de la République, Nicolas Sarkozy, pour débloquer le dossier. Quelques jours plus tard, la justice israélienne a signifié officiellement à la juge française qu’elle ne collaborerait pas avec elle dans cette affaire.

Gilles Paris

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-959029,0.html

 
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Vendredi 28 septembre 2007 5 28 /09 /2007 09:56

La situation s’aggrave : Le témoignage de la députée britannique Clare Short

 Allocution prononcée à l’occasion du débat consacré au processus de paix au Moyen-Orient, Palais de Westminster, Chambre des communes

 traduction française publiée dansalternatives-international le 18 septembre 2007

 article complet, http://alternatives-international.net/article1211.html

 ….. la situation dans les territoires palestiniens est tragique et profondément décourageante, et force est de constater que le Gouvernement britannique et l’Union européenne sont complices de l’oppression et d’un nouveau régime d’apartheid. Israël bénéficie notamment d’un accès privilégié aux marchés européens dans le cadre d’un traité commercial, qui .….. prévoit des dispositions relatives au respect des droits de l’homme …

 J’ai proposé la tenue de ce débat à la suite d’une visite que j’ai faite récemment dans le territoire palestinien occupé, en compagnie d’une délégation assemblée par War on Want

 ….

 Si nous ne changeons pas de politique, je crains que nous ne devions nous préparer à un bain de sang et à un conflit susceptibles de durer des années, voire des dizaines d’années. Je suis de près l’évolution de la situation au Moyen-Orient depuis de nombreuses années et je savais avant ma dernière visite que le peuple palestinien vivait des moments particulièrement difficiles. Mais j’ai été atterrée par la politique d’annexion flagrante, brutale et systématique menée par Israël, la démolition de maisons palestiniennes et la création délibérée d’un régime d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont confinés dans quatre bantoustans, cernés par un mur parsemé de points de contrôle sous haute surveillance qui permettent de contrôler les déplacements des Palestiniens à la sortie et à l’entrée des ghettos. 

 …..

  La délégation a passé la troisième journée de son séjour avec des représentants de Grassroots Palestinian Anti-Apartheid Wall Campaign (campagne du peuple palestinien contre le mur de l’apartheid), partenaire de War on Want en Palestine. Ils nous ont expliqué comment le bouclage du territoire occupé avait détruit l’économie palestinienne, fait souligné depuis dans un rapport de la Banque mondiale, et également comment de plus en plus de Palestiniens étaient contraints de travailler pour des colonies de peuplement israéliennes afin de produire des denrées agricoles et autres biens exportés pour la plupart dans les pays de l’Union européenne, avec laquelle Israël a conclu des accords commerciaux qui lui garantissent un traitement préférentiel. Le fait que des colonies de peuplement illégales exploitent la main-d’œuvre palestinienne constitue un autre élément du régime d’apartheid dont l’Union européenne et le Royaume-Uni sont devenus complices.

 La délégation s’est ensuite rendue dans la vallée du Jourdain en compagnie d’un représentant de la campagne. La situation y est véritablement effroyable.

 Israël a confisqué tous les terrains fertiles à proximité du fleuve, prétendument pour des raisons de sécurité en application des accords de paix d’Oslo. On trouve ici et là des colonies de peuplement sur les terres restantes, fortes parfois d’une seule personne, mais à cause de leur présence, des familles palestiniennes ont été contraintes au départ pour des raisons de sécurité.

 Les colons ont installé des serres en plastique sur des hectares à la ronde, les positionnant de façon stratégique au-dessus des sources d’eau. Ils y cultivent des herbes aromatiques biologiques et des fruits et légumes destinés aux marchés européens.

 Or nous avons constaté le jour de notre visite que le village voisin, un village palestinien extrêmement pauvre, était privé d’eau. Pas une goutte ne coulait du seul robinet équipant le village, obligeant les habitants à acheter des seaux d’eau aux colons. 

 Nous avons rendu visite à des exploitants agricoles dont les familles, installées depuis des générations dans la vallée du Jourdain, tiraient leur subsistance de quelques cultures, de l’élevage de moutons et de chèvres et de la fabrication de fromages. Ils sont victimes de menaces et ballotés d’un endroit à un autre, au gré de l’implantation de nouvelles colonies de peuplement composées de quelques personnes, voire d’une seule, contraints par l’armée à se déplacer pour des raisons de sécurité.

 Nous nous sommes arrêtés pour parler aux membres d’une autre famille, installés en bordure de route. La maison qu’ils avaient achetée pour leur fils et sa famille sur leurs propres terres a été rasée et leur récolte d’aubergines pourrissait en tas devant chez eux parce qu’ils ne pouvaient pas se rendre au marché. La vallée du Jourdain connaît une pauvreté et des violations des droits de l’homme effroyables.

 …..

  Ma conclusion est pessimiste et la perspective d’une solution fondée sur deux États s’estompe dans le lointain. À la place, nous voyons s’installer un nouveau régime d’apartheid dans lequel les Palestiniens sont brutalement relégués dans des ghettos et utilisés comme main-d’œuvre à bas prix par les colons.

 La prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas n’est pas la cause du problème mais bien une conséquence de celui-ci. Le refus du Royaume-Uni et de l’Union européenne de venir en aide à l’Autorité palestinienne après la victoire du Hamas aux élections a contribué à créer la situation actuelle. Il était inéluctable que le Hamas prenne le contrôle de la bande de Gaza lorsque les États-Unis et les forces israéliennes ont armé le Fatah afin qu’il lutte contre le Hamas.

 Il semble désormais que l’on veuille offrir des incitations financières et autres au Président Abbas pour qu’il accepte de faire de ces ghettos monstrueux l’État palestinien tant promis. Ainsi que l’a déclaré Uri Avnery, ce grand militant israélien au service de la paix, on veut faire du Président Abbas un collaborateur de la puissance occupante, mais cela n’ouvrira pas la voie à la paix.

 En conclusion, la situation dans les territoires palestiniens est tragique et profondément décourageante, et force est de constater que le Gouvernement britannique et l’Union européenne sont complices de l’oppression et d’un nouveau régime d’apartheid.

 Israël bénéficie notamment d’un accès privilégié aux marchés européens dans le cadre d’un traité commercial, qui comme tous les accords commerciaux de l’Union européenne, prévoit des dispositions relatives au respect des droits de l’homme. J’espère que Monsieur le Ministre nous expliquera pourquoi ces dispositions ne sont pas invoquées pour insister sur la nécessité pour Israël d’adhérer au droit international. Il s’agit là d’un argument de poids qui, s’il était utilisé, pourrait faire craindre à Israël de perdre ses débouchés européens. Je souhaiterais que nous en fassions usage pour le plus grand bénéfice de tous.

 Je ne redoute rien tant que de nouvelles effusions de sang, de nouvelles souffrances et la poursuite de la déstabilisation au Moyen-Orient. La situation en Iraq, au Liban et dans les territoires palestiniens attise la colère du monde musulman et en incite plus d’un à se tourner vers l’idéologie terrifiante d’Oussama ben Laden et de ses partisans. Il est dans l’intérêt du peuple israélien, des Palestiniens et plus largement du Moyen-Orient de voir s’imposer la solution de deux États afin de mettre un terme au conflit israélo-palestinien, mais Israël est en train de gâcher cette chance parce qu’il est résolu à repousser ses frontières au mépris du droit international. Le Royaume-Uni et l’Union européenne se prêtent malheureusement au jeu, et les conséquences de ces décisions provoquent des souffrances terribles et mettent l’avenir en péril. J’espère sincèrement que notre nouveau Premier Ministre reviendra sur cette politique et que les partis d’opposition changeront eux aussi d’avis et feront pression pour éviter la catastrophe et veiller à ce que le Royaume-Uni place l’instauration d’une paix équitable et le respect du droit international par Israël au centre de sa politique.

 Clare Short, Membre du Parlement
Par Palestine Nancy - Publié dans : Chronique de la répression
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Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /2007 23:55
Mise en ligne : 16 octobre 2007
par Jacques-Marie Bourget

Nous publions ci-dessous une lettre que nous a adressée notre ami Jacques-Marie Bourget, journaliste, victime d’une tentative d’assassinat en 2000 à Ramallah. (Acrimed)



Le 21 octobre 2000 vers midi, avec Thierry Esch, photographe à Match, nous quittons Gaza où nous venons de passer une dizaine de jours. Après un détour par l’aéroport Ben Gourion, pour y expédier des films, nous nous dirigeons vers Ramallah où nous arrivons vers 15 heures.

Sur un terrain vague sinistre, qui fait face au City Inn, un hôtel réquisitionné par l’armée israélienne, se déroule un épisode banal de l’Intifada : lancé de pierres par de très jeunes adolescents. Réponse de l’armée qui, a priori, utilise des gaz et des balles en caoutchouc. Toutefois, pour éviter de prendre le moindre risque, surtout pour le photographe peu habitué à ce type de situation, je décide de prendre refuge entre trois murs d’un ensemble de baraques de pierre. Pour nous atteindre, il faut donc nous viser de front, de façon délibérée. En face, il n’y a rien d’autre que l’armée, donc un élément à priori maîtrisé. Autour de nous quelques Palestiniens, de jeunes adultes, sont assis comme moi sur un muret qui fait sailli au bas du mur lui-même. L’atmosphère est bon enfant. Puis, dans cette ambiance de happening répété, les adolescents et leurs pierres lancées vers l’armée, je me lève pour quitter cette position. Quelques secondes plus tard, je suis touché. Des témoins diront « par un tireur installé au City Inn », le building de l’état major israélien.

Une ambulance du Croissant Rouge m’embarque et je plonge dans le coma. A l’hôpital de Ramallah, poumon atteint et sous-clavière ouverte, les médecins jugent mon état si grave qu’il nécessite un transfert vers un établissement hospitalier israélien de Jérusalem. Mais l’armée refuse le passage de l’ambulance. Je reste donc à Ramallah. Après une série de transfusions, qui vont atteindre un total de quatre litres de sang, le consul de France, Monsieur Pietton, donne le feu vert aux chirurgiens palestiniens pour opérer : « de toutes façons si nous ne faisons rien il va mourir. »

Le lendemain soir, dans la nuit, un avion spécial de Mondial Assistance se pose à Ben Gourion pour me rapatrier à Paris. Mais l’armée refuse toujours le passage de l’ambulance du Croissant rouge. Finalement, Jacques Chirac, le président de la République, alors en voyage en Chine, intervient auprès de gouvernement de Ehoud Barak. On peut m’acheminer à l’aéroport. Nouvelles négociations afin d’accéder à l’avion. Toujours dans le coma, je suis enfin branché sur les appareils de réanimation de l’avion médical. L’ambulance palestinienne, consul de France à bord, restera bloquée cinq heures par les forces israéliennes, avant de pouvoir regagner Ramallah.

Personnellement, après une période passée en réanimation au CHU Beaujon, puis deux mois d’hôpital, après d’autres séjours pour des opérations complémentaires ou le traitement de la douleur, après, encore, deux années de rééducation quotidienne (quatre heures par jour) : je reste handicapé à 42%, et soufre de douleurs lourdes, permanentes du type « membres orphelins ».

Volonté d’une punition élargie ? Quelques jours après ma blessure, Abdel Khorty, un Palestinien, francophone, francophile et poète, qui avait été mon guide à GAZA, ancien infirmier à l’hôpital psychiatrique d’Évreux, marié à une Française, était assassiné par des israéliens alors qu’il rentrait à pied chez lui à Netzrim …

Devant le TGI de PARIS, j’ai déposé une plainte contre X pour tentative d’homicide volontaire, l’association Reporters sans frontières étant partie civile. Après deux années de sommeil de ce dossier, ballotté d’un juge l’autre, un nouveau magistrat instructeur, madame Michèle Ghenassia, fait progresser l’enquête en envoyant, le 27 avril 2005, une Commission rogatoire internationale en Israël. La juge était forte d’une expertise indiquant clairement la nature de la balle m’ayant blessé : un projectile israélien fabriqué par la firme d’état IMI. Et de divers témoignages parfaitement précis.

Deux ans et demi après cette demande d’assistance juridique le ministère de la Justice israélien vient de répondre en faisant connaître son « refus de coopérer ». Plus cruel : la lettre expédiée au juge Ghenassia affirme « qu’après une enquête conduite par l’armée » (couverte par le « secret défense »), « j’ai été la victime d’un tir palestinien » .

 

Dans le but de recevoir une indemnisation, j’ai soumis mon dossier au « Fonds de garantie des actes terroristes et autre infractions ». Avant de se saisir de la demande, celui-ci prend l’avis du ministère des Affaires étrangères. Là, le Quai d’Orsay m’a débouté le 14/11/03, Dominique de Villepin étant en charge du ministère, avec ce jugement : «  Les faits sont imputables à un militaire de l’armée israélienne agissant dans le cadre d’une mission de sécurité et de maintien de l’ordre.  » Pour les Affaires étrangères, donc, l’action israélienne dans les territoires occupés relève d’une «  opération de sécurité et de maintient de l’ordre.  »

Le 31 janvier 2006, répondant à une sollicitation de mon avocat William Bourdon, le même ministère répondait : «  faire le maximum pour faire avancer la Commission rogatoire auprès des autorités israéliennes . »

Le 31 juillet dernier, le conseiller Gilles-Henry Garault, répondant à un nouveau courrier, préconisant « une saisine directe de la justice israélienne ». Ce que nous avons demandé de faire à maître Léa TSEMEL, avocate à Jerusalemen. Signalons qu’en Grande Bretagne, dans le cas de journalistes victimes de tirs israéliens, les magistrats de la couronne ont lancé une procédure pour « crime de guerre ». Puis j’ai suggéré au Président de la République, monsieur Jacques Chirac, de poser la question de ce dossier aux autorités israéliennes. Sans recevoir de réponse.


Enfin, le 29 août, mon avocat William Bourdon, a sollicité l’aide du président Sarkozy. A cette heure il est resté silencieux.

 

Jacques-Marie Bourget

- P.S. d’Acrimed : Les autorités françaises observent une retenue persistante, à défaut d’être étonnante. Quelques journaux dont Le Monde (le 25 septembre 2007) ont, discrètement, informé leurs lecteurs. Aucun Etat impliqué dans une tentative d’assassinat ou refusant d’assumer ses responsabilités dans l’enquête sur cette tentative d’assassinat ne devrait, pourtant, bénéficier de la moindre mansuétude.


Théoriquement, c’est une action qui a été envisagée dans l’affaire Borrel, l’Etat Français devrait faire convoquer Israël devant la juridiction internationale pour le non respect de son engagement d’assistance judiciaire.

Cette lettre qui offense la justice et la vérité est un crime ajouté au crime. Et elle viole sans vergogne les accords de d’entraide judiciaire signés entre nos deux pays. Ce qui indique, outre ma personne, qu’Israël se moque, et de ses engagements internationaux, et de la justice Française. Et il faut bien dire qu’aucun responsable de notre République, fonctionnaire ou élu, n’a soutenu notre demande.

Jacques-Marie Bourget

 




Source : acrimed | action critique médias
http://www.acrimed.org/article2735.html
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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /2007 16:33
Tandis que la Mairie de Paris se permet d’afficher le soutien de "la Ville de Paris" à l’armée d’occupation israélienne dans un parc public de la capitale, les pouvoirs publics se refusent à intervenir en faveur d’un jeune franco-palestinien emprisonné depuis 2 ans en Israël. Lire ci-dessous la lettre de Jean-Claude Lefort à ce sujet, et l’incroyable impudence de nos dirigeants.

Ivry, le 13 septembre 2007

Monsieur Philippe Etienne Directeur de Cabinet Ministère des Affaires étrangères 37, Quai d’Orsay 75007 Paris

Monsieur le Directeur,

Au cours de son déplacement dans les Territoires palestiniens occupés et en Israël, le Ministre des Affaires étrangères a rencontré le père du caporal Shalit. La Présidence de la République avait déjà manifesté son attention sur le cas de ce jeune franco-israélien qui a été capturé tandis qu’il était sur un char à Gaza.

Par contre un silence particulièrement épais entoure le cas d’un jeune franco-palestinien de 20 ans arrêté depuis le 13 mars 2005 par les autorités israéliennes et traduit devant la justice de ce pays occupant.

Il s’agit du jeune Salah Hamouri.

Sa maman, professeur de français, est de nationalité française (née Annick Denise Guidoux) et elle vit depuis 20 ans avec son mari palestinien, Monsieur Hamouri, à Jérusalem.

Ce jeune homme, étudiant à l’Université de Bethlehem, est aujourd’hui en prison pour des actes sans fondements, et en tout cas il ne peut être considéré que la Justice d’un pays occupant est une justice « comme les autres » tout comme le « transfert » de personnes en temps de guerre pourrait être considéré comme acceptable alors que cela est totalement contraire aux Conventions de Genève, en particulier de la troisième.

Malheureusement c’est la thèse que soutient jusqu’à ce jour le ministère par la plume de l’un de ses fonctionnaires – M. Norbert Wurtz – qui écrit à cette dame, par voie de courriel, que « le cas du soldat franco-israélien n’est pas comparable à celui de votre fils. En effet le soldat a été pris en otage (…) et nous essayons d’obtenir sa libération (…) tandis que votre fils est emprisonné par les autorités israéliennes dans le cadre d’une procédure judiciaire dans laquelle nous ne pouvons pas interférer. »

C’est incroyablement dit : un soldat en uniforme et en action, pris sur son char, membre d’une armée d’occupation doit être libéré au titre qu’ils serait un « otage » et un jeune étudiant palestinien arrêté, transféré et traduit devant la justice d’un pays occupant, ceci de manière totalement illégale, ne pourrait être l’objet d’une exigence au minimum parallèle de libération ! Si cela ne s’appelle pas du « deux poids, deux mesures » les mots n’ont plus de sens.

Madame Hamouri est en contact avec le Consulat de France en Israël. Les faits sont connus de la Chancellerie.

Mais je ne peux croire qu’un simple fonctionnaire engage ainsi la France dans une posture qui inverse les termes de la situation. Ce ne sont pas les Palestiniens qui occupent Israël mais bien Israël qui occupe illégalement des territoires palestiniens, qui violent les conventions internationales, les résolutions de l’ONU ainsi que l’avis de la Cour internationale de justice s’agissant du mur. Rien de moins. Alors n’ajoutons pas de l’injustice à l’injustice par des prises de positions que j’estime inconsidérées.

Aussi, Monsieur le Directeur, je me permets d’intervenir auprès vous afin que la France soit cohérente et juste, respectueuse du droit international et non partisane.

Cette affaire ne peut pas être banalisée ni étouffée, et elle ne le sera pas.

Certain de votre compréhension,

Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, en l’expression de mes salutations les plus distinguées.

Jean-Claude Lefort Député honoraire

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Mercredi 26 décembre 2007 3 26 /12 /2007 20:05
La mère d'un Franco-Palestinien détenu en Israël
déplore l'inaction du Quai d'Orsay
( Mercredi, 26 décembre 2007 )
 
Lorsqu'elle a appris, à la mi-octobre, que la Mairie de Paris avait dressé, dans un square du 12e arrondissement, un portrait géant de Gilad Shalit, le soldat franco-israélien retenu prisonnier dans la bande de Gaza par le Hamas, ainsi que ceux des deux soldats israéliens capturés durant l'été 2006 par le Hezbollah, Denise Hamouri n'a pu réprimer un soupire de dépit. Cette native de Bourg-en-Bresse, mariée depuis plus de vingt ans à un Palestinien de Jérusalem et habitante d'un quartier arabe de la Ville sainte, est la mère de Salah Hamouri, un jeune homme de 22 ans, accusé d'avoir trempé dans un complot destiné à assassiner le rabbin Ovadia Yossef, guide spirituel du Shass, le parti séfarade.
Bien qu'il soit autant français que Gilad Shalit, dont le père, Noam, a rencontré Nicolas Sarkozy le 9 juillet, Salah Hamouri, emprisonné depuis deux ans et demi en Israël, doit se contenter, pour tout soutien, de la visite des agents du consulat français de Jérusalem. En réponse à un courrier électronique de sa mère qui déplorait un "deux poids, deux mesures", le Quai d'Orsay a récusé toute analogie entre les deux binationaux. "Le soldat (Shalit) a été pris en otage (...) et nous essayons d'obtenir sa libération (...). Votre fils est emprisonné par les autorités israéliennes dans le cadre d'une procédure judiciaire dans laquelle nous ne pouvons pas interférer."
L'affaire remonte au 13 mars 2005, date de l'arrestation du jeune Franco-Palestinien. A l'époque, la presse locale, "sources sécuritaires" à l'appui, évoque les "repérages" auxquels Salah et deux autres jeunes Palestiniens se seraient livrés autour du domicile du rabbin Yossef, célèbre pour ses invectives anti-Arabes. Membres de la branche étudiante du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un petit parti de gauche, les trois complices supposés auraient entrepris de se procurer des "armes" et établi des "contacts" avec Ahmed Saadate, le chef du FPLP alors incarcéré à Jéricho, pour son rôle dans l'assassinat de Rehavam Ze'evi, l'ex-ministre du tourisme israélien, en octobre 2001.
Deux ans et des dizaines d'interrogatoires plus tard, le dossier en cours d'examen par le tribunal militaire d'Ofer, en Cisjordanie, paraît mince. Salah Hamouri a certes reconnu être passé en voiture devant la maison d'Ovadia Yossef, dans le quartier Har Nof de Jérusalem, à l'initiative d'un de ses camarades, Moussa Darwish, qui avait livré des légumes dans le passé chez le rabbin et voulait réfléchir à un plan pour l'assassiner. Mais, d'après son avocate, Léa Tsemel, ledit complot n'est pas allé plus loin : "Ils ont roulé au ralenti, vu une caméra, fait demi-tour et n'en ont plus parlé après. Les enquêteurs n'ont trouvé aucune arme et aucun élément susceptible de prouver qu'ils étaient décidés à passer à l'acte. Il s'agit d'un acte stupide, une bravade, rien de plus."
Tout amateur et embryonnaire fût-il, ce projet risque de coûter très cher au jeune Franco-Palestinien. La charge de "complot" est passible de sept années de prison devant un tribunal militaire israélien. Moussa Darwish - parce qu'il est un habitant de Jérusalem et donc a été jugé plus rapidement - a déjà été condamné à douze ans d'incarcération. "C'est évidemment une justice à deux vitesses, dit Léa Tsemel. Les colons juifs qui avaient posé en 2003, à l'entrée d'une école palestinienne de Jérusalem, une bombe qui avait été désamorcée à la dernière minute, ont eux aussi écopé de douze ans de prison. La différence de gravité (...) est pourtant flagrante."
Sans illusions sur la justice israélienne, déçue par la frilosité du Quai d'Orsay, Denise Hamouri a eu l'idée, en juin dernier, d'écrire à Noam Shalit. Peut-être parce qu'il traverse une épreuve similaire et parce qu'il connaît "le problème des prisonniers palestiniens", ce dernier a paradoxalement su trouver les mots que les diplomates français se refusent à prononcer. Dans un courrier sobre et sensible, il déplore l'arrestation de Salah, partage la douleur de la famille Hamouri et prie en conclusion pour "les libérations imminentes de (leurs) fils". A Paris, le 11 novembre, des militants propalestiniens ont remplacé les portraits des trois soldats israéliens par une banderole en hommage aux "11 000" prisonniers palestiniens.
 
Benjamin Barthe (Jérusalem, correspondance)
Le Monde - Article paru dans l'édition du 26.12.07.
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /2008 12:44
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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /2008 22:21
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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /2008 08:59

Vivre et résister malgré l’occupation

Je croyais tout savoir : les colonies et les check points, l’annexion, le fait accompli, l’arrogance, les humiliations quotidiennes, les camps de réfugiés, les assassinats «ciblés», les milliers de prisonnierEs … Rien ne vaut la découverte de cette réalité.

Voyager c’est possible, mais pas à Gaza.
Ce texte est complètement subjectif, il mêle impressions (forcément partielles et partiales) de voyage et tentative d’analyse. J’étais en Palestine avec un petit groupe fin décembre et début janvier. On peut y aller et les PalestinienNEs espèrent toutes sortes de visites : action de solidarité, témoignage ou même tourisme «intelligent». Avec un guide, notre petit groupe a alterné minibus et transports locaux, hôtels et logement chez l’habitant. Nous avons discuté avec des «politiques» mais aussi avec des PalestinienNEs anonymes qui ont raconté le quotidien. Nous avons ajouté à la Cisjordanie une journée chez les Bédouins du Naqab (Néguev en hébreu). Nous n’avons pas été à Gaza, prison à ciel ouvert et nouveau «laboratoire» pour l’occupant. C’est devenu quasi impossible. Pour un occidental, il faut s’adresser à son ambassade et il faut que celle-ci fasse un ordre de mission qui parvienne à convaincre les Israéliens. Des archéologues et quelques journalistes ont pu passer. Mais Amira Hass, journaliste israélienne anticolonialiste qui a vécu à Gaza ne peut plus y aller. Quand Barenboïm a voulu y faire un concert, son musicien palestinien a été refoulé. Même les pèlerins de Gaza ont un mal fou à revenir de La Mecque. Deux d’entre eux sont morts au barrage d’Erez. Et pendant notre séjour, une vingtaine d’habitants de Gaza dont comme d’habitude des femmes et des enfants ont été tués par l’armée israélienne. Prétexte avancé : l’utilisation de roquettes plus puissantes que les Qassams qui ont atteint Ashkelon à 17 km de Gaza. La sécurité de l’occupant n’a pas de prix.

Vous avez aimé le génocide des Amérindiens ? Vous adorerez l’ethnocide des Bédouins.
C’est du mauvais humour, mais on ne peut pas éviter cette comparaison. Le Neguev est un immense désert qui va de Gaza à la Mer Rouge et qui couvre plus de 50% de la superficie de l’Israël d’avant 1967. Quand les Israéliens ont conquis la région en 1948, elle était habitée par les Bédouins depuis plusieurs siècles. Dès 1950, les Bédouins ont été chassés des zones où ils menaient leur vie de nomades mais aussi de Beersheva où 4000 d’entre eux s’étaient installés. Ils ont été regroupés dans le triangle Beersheva - Arad - Dimona dans le nord du Neguev. Pour les Israéliens, il était crucial de s’accaparer l’espace. Des villes ont été créées, pauvres et donc peuplées de Juifs venus des pays arabes (Dimona, Sdérot). Des kibboutz sont apparus en plein désert comme Sede Boqer qui fut celui de Ben Gourion. Les Israéliens ont voulu imposer la sédentarisation des Bédouins dans des espèces de réserves sordides où leurs activités traditionnelles (élevage, artisanat …) étaient impossibles. Les Bédouins sont retournés dans le désert. Les Israéliens ont alors créé 7 villages «planifiés» où vivent 35% des 180000 Bédouins du Néguev. Nous avons séjourné dans l’un d’entre eux (Laqya entre Beersheva et le début de la Cisjordanie). C’est pauvre, mais cela ressemble encore à un village. La maison de nos hôtes était «illégale». Cette dénomination fait sourire : «on nous explique que nous violons la loi du pays, mais c’est notre pays, nous y avons toujours habité, bien avant les Israéliens». Les autres Bédouins (près de 120000 personnes) habitent dans des villages non reconnus. Non reconnu implique : pas d’eau, pas d’électricité, pas le droit de construire en dur. Et régulièrement il y a des expulsions et des démolitions de maison (270 l’an dernier). Ces villages sont des amas de taule. Souvent, l’intérieur de ces maisons étonne : des parpaings dissimulés assurent la solidité de l’édifice et tout a été fait pour avoir des pièces spacieuses. Dans un de ces villages non reconnus, nous rencontrons un spécialiste mondialement reconnu de l’élevage des dromadaires. Il a été envoyé dans des congrès internationaux par les Israéliens. Pourtant, il vit dans un bidonville où une casse automobile a été transformée en pigeonnier. Au sud de Beersheva, les habitants d’un autre village non reconnu vivent un drame quotidien. On les a chassés de leurs terres, il y a 50 ans, en leur disant que c’était provisoire. Ils vivent depuis, coincés entre une centrale électrique très bruyante (eux n’ont pas l’électricité), et une mine particulièrement toxique dans la zone industrielle de Ramat Huvav. Les maladies et la stérilité des femmes sont très développées. Les Bédouins de la région de Beersheva forment 28% de la population et ils occupent moins de 1% des terres. Sur les terres confisquées dans la plaine, les Israéliens ont développé une agriculture moderne (terres irriguées, pépinières …). Israël se dit un pays démocratique. Pour les Juifs peut-être mais comment qualifier autrement que par «apartheid» une discrimination aussi totale ? Les Bédouins se sont organisés. Il existe un conseil régional des villages non reconnus (http://www.rcuv.com). Les villageois élisent leurs délégués. Des manifestations régulières ont lieu. Quelques parlementaires les défendent. Mais les Bédouins se sentent très isolés et appellent à l’aide. D’autant que la situation des Bédouins de Cisjordanie régulièrement expulsés des abords de la route Jérusalem - Jéricho n’est guère plus enviable.

Partout les colonies et le Mur.
Jérusalem Est occupe 4% de la superficie de la Cisjordanie. La moitié des 450000 israéliens habitant les territoires occupés y vivent. Les colonies de Jérusalem Est sont des cités luxueuses : au sud Gilo, Gush Etzion, Har Homa. L’agglomération de Bethléem (180000 habitants) est quasiment totalement encerclée par le mur et les colonies. Har Homa était autrefois une forêt sur une colline qui a «miraculeusement» brûlé le premier jour des négociations Arafat - Barak, il y a quelques années. C’est maintenant une ville luxueuse de 15000 habitants située à quelques centaines de mètres du centre de Bethléem.
Les 300 nouveaux logements en projet, vont définitivement séparer les Palestiniens de Bethléem de leurs compatriotes de Jérusalem.
Al-Waladja est un petit village de l’agglomération de Bethléem avec ses oliviers (l’un d’entre eux est très connu dans la région, il a plus de 2000 ans). Autrefois le village était situé de l’autre côté du vallon. Les villageois ont dû partir en 1948 et ont pu voir leurs anciennes maisons rasées. Aujourd’hui, le mur en construction est en train de défigurer le village. Les villageois nous emmènent le long de la ligne verte (l’ancienne frontière) matérialisée ici par la voie de chemin de fer qui monte à Jérusalem. Ils nous montrent des maisons dynamitées, des fontaines mises hors d’usage. On nous a vus depuis la route de contournement (interdite aux Palestiniens). L’armée arrive. Le capitaine est Druze et très agressif (Les Israéliens ont voulu faire des Druzes des collaborateurs. Les Druzes font l’armée. Mais une partie de cette communauté refuse aujourd’hui de jouer ce rôle. Il y a des refuzniks druzes). Le ton monte avec les villageois. Finalement, sans doute à cause de notre présence, ils ne seront pas arrêtés. Plus loin dans le village, les bulldozers sont déjà passés et la construction du Mur va commencer. Une maison résiste. Son propriétaire refuse de partir avec l’espoir que le Mur sera détourné et que sa maison ne sera pas détruite. Dans le vallon, un villageois militant a aménagé une espèce de blockhaus où il séjourne en permanence pour empêcher l’avancée du Mur.
Au Nord de Jérusalem, les colonies sont tout aussi nombreuses. La construction du tramway est presque achevée. Il aboutira à Pisgat Zeev. Il traverse aussi un quartier palestinien. Ses habitants seront obligés de l’utiliser, ce qui devrait diminuer leur protestation. À l’Est de Jérusalem, l’immense colonie de Maale Adoumim construite avec l’argent de sectes antisémites américaines (les Chrétiens Sionistes) coupe en deux la Cisjordanie. Le jour de l’ouverture des discussions d’Annapolis, Olmert a annoncé 750 nouveaux logements pour cette colonie.
Sur la route de contournement qui mène à Naplouse, les panneaux indicateurs n’indiquent que des colonies aux noms bibliques : Ofra, Shilo … Toutes les grandes villes palestiniennes sont encerclées par les colonies. Celles-ci consomment 80% de l’eau de la Cisjordanie. Il faut savoir que les Palestiniens n’ont pas le droit de creuser des puits, ni de produire de l’électricité. Ils sont obligés d’acheter l’eau et l’électricité aux compagnies israéliennes. Il n’y a que quelques zones au nord de la Cisjordanie où on ne trouve pas de colonies. Quelques-unes ont été démantelées. Par contre, en plein centre des territoires occupés, Ariel est devenue une véritable ville avec université et zone industrielle appelée à devenir une zone franche. Dans le village de Sebastia situé au milieu des ruines de la ville antique, une colline domine la colonie de Shavi Shemron. C’est rare, en général, les colonies occupent le haut des collines. Nous entendons des rafales de mitraillettes provenant de la colonie et du camp militaire. Entraînement ? La scène se passe le 2 janvier au soir. Quelques heures plus tard, Naplouse distante de 15 Km sera investie par l’armée israélienne.
Je demande au téléphone à Uri Avnéry, pacifiste infatigable pourquoi il est toujours partisan de deux Etats vivant côte à côte. «Parce que c’est la seule solution réaliste». «Et les colons, ils resteront ou devront partir ?» «Ils resteront et devront accepter de vivre dans un Etat Palestinien». Là, j’ai du mal à suivre Uri. Comment un Etat Palestinien pourra-t-il être viable avec ces poches de fascisme militarisées ? Ce qui est sûr, c’est que la principale raison de l’échec total des accords d’Oslo, c’est qu’ils n’ont pas exigé en préalable l’arrêt de la colonisation. Depuis Oslo, le nombre de colons a doublé. Cela explique bien sûr pourquoi Annapolis est une (sinistre) blague (pour reprendre les termes d’Uri) et pourquoi l’Etat palestinien envisagé par Bush ou Olmert ressemble à tout sauf à un Etat.

Check points et cicatrices de la répression.
Il reste entre 500 et 600 check points en Cisjordanie sur un territoire grand comme un département français. Parfois le passage a été facile pour nous avec une simple présentation du passeport. À deux reprises, on a eu droit à la fouille des bagages, notamment quand les soldatEs (souvent des adolescentEs qui éprouvent une certaine jouissance à humilier les PalestinienNEs) se sont étonnés de nous trouver dans le bus régulier Bethléem - Jérusalem alors que les touristes (notamment les pèlerins) voyagent en bus de tourisme. Et puis, à l’entrée de Naplouse, il a fallu changer de véhicule et passer à pied. Joyeux bordel avec les taxis de part et d’autre. Selon leur immatriculation, les véhicules ont droit à telle ou telle zone et à telle ou telle route. Pour les Palestiniens, c’est un casse-tête permanent. Il faut imaginer l’itinéraire en fonction des check points. Pour aller de Naplouse à Sebastia (15 Km), on en a fait 50, mais sans barrage. Pour entrer sans check point dans Bethléem, on a fait deux demi-tours. À Jéricho, le casino Oasis qui avait été créé en 1993 avec les accords d’Oslo fut la plus grande entreprise de Palestine (500 employés). Il a été fréquenté par des rabbins et des Juifs religieux (alors que le jeu est formellement interdit dans la religion juive). Depuis l’Intifada, il est fermé, mais de toute façon, les employés qui venaient de plusieurs villages de Cisjordanie, ne peuvent plus se rendre à Jéricho.
Pour les Palestiniens, importer ou exporter est un casse-tête. Les Israéliens peuvent à tout moment tout bloquer et ils ne se sont pas privés de laisser pourrir des produits importés ou exportés. Même les entreprises qui commercent avec la Jordanie par le pont Allenby sur le Jourdain (comme certaines savonneries de Naplouse) sont à la merci du bon vouloir israélien. D’autant que ceux-ci contrôlent aussi l’eau et l’électricité.
Jéricho est une ville singulière, avec de nombreux Noirs, descendants des Soudanais venus avec Mehemet Ali, sultan d’Egypte au début du XIXe siècle. Au cœur de la ville, des gravats constituent le dernier souvenir de la prison. Conformément aux accords d’Oslo, l’Autorité Palestinienne y a emprisonné ceux qui continuaient la lutte armée. En 2001, en pleine Intifada, le général israélien Rehavam Zeevi, fondateur du parti d’extrême droite Moledet qui prônait le «transfert» (c’est-à-dire l’expulsion) de tous les Arabes au-delà du Jourdain, a été tué par un membre du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine, fondé par Georges Habache). L’auteur de cette exécution et la direction politique du FPLP (dont le secrétaire Ahmed Saadate) ont alors été emprisonnés à Jéricho sous la responsabilité conjointe de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Mais en 2006, les Israéliens ont attaqué la prison. Les observateurs occidentaux se sont retirés sans protester. Les policiers et gardiens de prison qui ont voulu résister ont été tués et les prisonniers ont été déportés en Israël. Du coup, l’Autorité Palestinienne a fait détruire la prison. Et aujourd’hui la grande route (de contournement) qui longe le Jourdain au nord de Jéricho s’appelle route Rehavam Zeevi. Un peu comme si on avait en France l’autoroute Le Pen ou la rocade Papon.
À Bethléem, le camp de Dheishe (environ 12000 habitants) subit des «incursions» régulières de l’armée israélienne. Son centre social a été plusieurs fois détruit et reconstruit à chaque fois. Pour les Palestiniens, il est fondamental que les activités collectives se poursuivent.
Nous sommes avec Michel Warschawski dans la vieille ville de Jérusalem quand il tombe dans les bras d’un ami : «c’est un ancien prisonnier politique, condamné à la prison à vie après les attentats du FPLP en 1968 et libéré après 17 ans de prison dans le cadre d’un échange». En 40 ans, près de 600000 Palestiniens ont connu la prison. À l’échelle de la France, c’est comme si on avait eu 10 millions d’emprisonnés. Dans un village qui vit de l’huile d’olive, notre hôte (environ 45 ans) nous glisse qu’il a été 6 fois emprisonné entre l’âge de 13 ans et l’âge de 35 ans.
Il y a un Français actuellement en prison pour de longues années : Salah Hammouri, sympathisant du FPLP, accusé d’avoir projeté (intention qui n’a pas été suivie d’effet) un attentat contre le chef du parti Shass (parti religieux séfarade. Ce rabbin considère les Palestiniens comme des serpents et estime que la Shoah est une punition divine contre des mauvais Juifs). La mère de Salah, Denise, est également française. Une campagne est lancée en France pour sa libération. Depuis peu, Salah est visité par des personnels du consulat de France.
Toujours à Jérusalem, dans le quartier «musulman» de la vieille ville, la maison d’Ariel Sharon, symbole du nettoyage ethnique, est toujours là, désormais inhabitée.
À Naplouse, les destructions étaient nombreuses la veille de la dernière attaque : des maisons dynamitées transformées en parking, certains immeubles encore criblés de balles. Partout dans les rues sont affichées les effigies des «martyrs» (essentiellement les brigades Al Aqsa). La répression est ancienne à Naplouse. Le premier maire démocratiquement élu, Bassam Shaka a été victime d’un attentat fomenté par l’armée et les colons en 1980. Il a perdu ses deux jambes.
À Jénine, la population garde la mémoire d’Ahmed Al-Khatib, jeune garçon de 12 ans tué en 2005 «par erreur». Le père a donné les organes de son fils, sauvant par son geste deux jeunes Israéliens et une jeune Druze. Quand les Israéliens ont attaqué le camp en 2002 (où vivent 18000 personnes), les combats ont été particulièrement meurtriers : une centaine de morts en tout dont une trentaine de soldats. Les bulldozers ont rasé plus de 300 maisons. Au cimetière, on continue d’honorer les victimes des combats. Parmi eux, une jeune fille qui était en classe quand elle a pris une balle en pleine tête. Les enfants qui fréquentent le «théâtre de la liberté» ont fabriqué des films tous reliés à ces combats. Pour les filles, c’est l’histoire de l’une d’entre elles emprisonnée pendant les combats. Pour les garçons, c’est l’histoire d’un jeteur de pierre qui va affronter tout seul les soldats. Pour les femmes, c’est l’histoire d’une illettrée que certains de ses enfants veulent faire voter Fatah, et d’autres Hamas. Elle s’insurge et explique qu’elle veut l’unité de la Palestine.
Le théâtre reçoit un soutien important de l’étranger qui lui permet de vivre, notamment d’une association française : l’ATL Jénine (Les Amis du Théâtre de la Liberté).
J’ai vu des effigies de Saddam Hussein, au côté de celles d’Arafat. Comment s’étonner qu’il apparaisse comme un héros ? J’ai aussi vu des graffitis assimilant l’étoile de David à la croix gammée. Autrefois, ça m’aurait choqué. Mais comment qualifier autrement l’occupant ? C’est à nous et pas aux Palestiniens de lutter contre la confiscation de l’étoile de David par une idéologie (le sionisme) et un Etat qui détruit une société. Quasiment tous nos interlocuteurs savaient que j’étais juif, cela n’était pas un problème pour eux.

Une société qui résiste collectivement
La grande majorité des Palestiniens n’a connu que l’occupation. Ce qui frappe dans cette société c’est le grand nombre d’associations.
Il y a des associations de femmes. Elles ont un rôle économique (l’entraide, l’accès au mini-crédit, la commercialisation des produits artisanaux) et un rôle éducatif (soutien scolaire, accès à l’informatique). Il y a aussi des associations de femmes battues (phénomène qui se développe avec l’occupation sans compter les «crimes d’honneur»).
Les PalestinienNEs sont très entreprenantEs même si leur avenir est un grand point d’interrogation. Nous avons visité des coopératives pour l’élevage des petits ruminants (moutons et chèvres) et pour la culture de l’olivier. Dans les deux cas, de très gros efforts ont été faits pour moderniser la production et améliorer sa qualité en utilisant intelligemment à la fois la coopération internationale et les traditions locales. Ces coopératives donnent l’exemple aux autres producteurs et elles grossissent. L’action collective permet d’affronter ensemble les problèmes de commercialisation et d’exportation et d’obtenir les meilleurs prix pour la transformation des olives en huile. L’Union des Fermiers Palestiniens est un syndicat indépendant de l’Autorité Palestinienne. Il a des liens internationaux avec Via Campesina (comme la Confédération Paysanne). Si la fabrication du savon reste en général artisanale, des entreprises modernes commencent à naître. La culture de l’olivier est apparue en Palestine, il y a plusieurs milliers d’années. Aujourd’hui la Palestine ne produit que 0,5% de la production mondiale mais, derrière les gros producteurs (Espagne, Italie, Grèce), c’est une production de qualité. Pour l’instant, à cause de l’occupation, l’exportation est faible et le quota d’exportation sans taxe dans l’Union Européenne est loin d’être atteint. Les Palestiniens disent parfois : «notre ministère de la défense, c’est le ministère de l’agriculture». Il y a un véritable enjeu pour le pays et ses habitants : avoir une production de qualité, aux normes internationales, et pouvoir l’exporter.
Combien y a-t-il de chômeurs en Palestine ? J’ai entendu plusieurs chiffres : 50%, 46% avec des taux beaucoup plus importants à Gaza ou dans les camps de réfugiés. Dans cette société, personne n’est laissé dans la rue ou dans l’exclusion. Les solidarités (familiales entre autres) sont très fortes. Très peu de personnes vivent avec un seul travail. Les ouvriers «mouliniers» qui transforment l’olive en huile ne font ce travail que quelques mois. Le reste du temps, ils cultivent, ou ils sont chaudronniers. Prenons la situation de nos hôtes à Zababde, une famille chrétienne. Le père a travaillé en Israël. Il n’a plus de travail et ne touche aucune retraite. Mais il travaille partiellement dans la boulangerie familiale que sa femme a montée. Celle-ci a plusieurs activités sans lesquelles la famille ne pourrait pas vivre : grâce à un micro-crédit, elle a acheté un four à pain. Elle a une petite boulangerie, mais aussi quelques oliviers. Elle fait du savon. Elle a quelques moutons, elle fait chambre d’hôte. Sans ces activités multiples, ce serait la misère. Là, c’est juste la pauvreté. Cette femme est revenue sur les dernières élections palestiniennes. Il y avait 4 députés à élire et elle a voté pour 4 listes différentes, FDLP en tête. Il y a là une certaine explication partielle du résultat du vote, due à l’extrême dispersion des listes.

La vie quotidienne est assez spartiate
 en Palestine : pas de chauffage dans les maisons. L’hiver, on accumule les couvertures et on dort sans drap. Il y a souvent des coupures d’électricité ou d’eau. L’eau chaude est rare ou inexistante.
L’écologie est encore inconnue en Palestine avec un problème de plus en plus urgent de gestion des déchets et d’élimination du plastique. Le maire d’un village nous a fait part de ses problèmes quotidiens. Il souhaite un jumelage avec une municipalité française. Il pourrait ainsi acquérir un camion poubelle et équiper les maisons de panneaux solaires pour ne plus dépendre de l’électricité israélienne.
Les familles sont très nombreuses même si la natalité commence à baisser : 5 enfants en moyenne (encore plus à Gaza ou dans les camps). L’émigration continue. Les familles font des efforts énormes pour que les enfants fassent des études, garçons ou filles. Beaucoup d’étudiantEs partent à l’étranger (y compris en Russie où la chute de l’URSS n’a pas arrêté ce flux). Après des études qui font que la Palestine a beaucoup plus de médecins, de professeurs ou d’ingénieurs que les pays arabes voisins, il est très difficile de trouver en Palestine un travail correspondant à cette qualification. Il y a un problème général de relations entre enfants et parents. Quand les parents sont au chômage et quotidiennement humiliés par l’occupant, ils ne sont plus respectés. Lors des deux Intifadas, la jeunesse s’est spontanément révoltée.
On l’oublie souvent, il y a une minorité chrétienne en Palestine, surtout à Ramallah et Bethléem. Les dirigeants de certains partis de gauche (FPLP, FDLP) sont souvent issus de cette minorité. Les relations entre Chrétiens et Musulmans n’ont en général jamais posé de problème. Il y a un respect mutuel et la conscience d’appartenir au même peuple. Nous avons quand même senti une certaine inquiétude chez de jeunes Chrétiens. En tout cas, il n’y a quasiment aucun «mariage mixte».
Dans les camps de Dheishe ou de Jénine, ce sont des militants politiques qui animent les institutions collectives et qui se battent pour les maintenir et les développer. Faute de moyens, ces structures se développent grâce au volontariat et on est étonné par leur dynamisme. Elles offrent aux habitants des camps (femmes, jeunes …) des salles de fitness, des ateliers informatiques, des structures de soutien scolaire, théâtre, cinéma, artisanat … Face au fatalisme engendré par l’occupation, les projets communautaires, basés sur l’auto organisation, essaient de casser la victimisation et les barrières à l’intérieur de la société palestinienne. En même temps, et ce n’est pas une surprise, on croise dans ces lieux des militants occidentaux venus apporter leur solidarité aux Palestiniens (SUD, CGT espagnole …). Et à Dheishe, malgré la pression insistante de l’Autorité Palestinienne, on refuse de payer l’électricité à l’occupant.
Beaucoup d’ONG interviennent en Palestine. Certaines sont très critiquées, elles font du business et ne s’occupent que des intérêts des donateurs. Mais d’autres comme «Project hope» à Naplouse apportent une aide et une formation effectives. Il y a aussi des jeunes occidentaux qui viennent passer plusieurs années en Palestine pour transmettre leur savoir-faire en l’intégrant au savoir traditionnel.
Pour terminer sur la vie quotidienne, nous avons fait la fête pour le nouvel an dans une grande salle de banquet à Bethléem. Chants et danses, convives venus de toute la Palestine et même de Jérusalem ou Haïfa. Étonnant moment de convivialité.

La situation politique
Les médias ont beau matraquer quotidiennement sur la volonté de Bush d’aboutir à la paix avant la fin de son mandat, vu de là-bas, ça n’a aucun sens. Dans le journal Haaretz, le journaliste Gideon Levy rappellait, au moment où Bush allait arriver en Israël les crimes commis en Irak, le soutien inconditionnel à l’occupation, la volonté de faire la guerre à l’Iran. Michel Warschawski est persuadé qu’avant la fin de son mandat, les néo-conservateurs américains vont essayer d’allumer un incendie au Proche-Orient.
Toujours dans Haaretz, voilà l’analyse intéressante développée à propos de l’attaque du 3 janvier à Naplouse (1 mort, quarante blessés). Les groupes armés ont cessé la lutte en Cisjordanie. La police palestinienne traque tous ceux qui possèdent des armes. Beaucoup de Palestiniens, toutes sensibilités confondues, sont assez indignés par ce rôle d’auxiliaire de l’occupant. Les manifestations contre Annapolis en Cisjordanie ont été réprimées, notamment à Ramallah. Depuis la victoire du Hamas à Gaza, les arrestations contre les militants du Hamas se multiplient. Seulement, à Naplouse, les principaux combattants venaient du Jihad Islamique ou des brigades Al Aqsa. L’occupant est venu faire le boulot que l’Autorité Palestinienne rechignait à faire : arrêter des combattants qui ne combattent plus, chercher les armes et les laboratoires cachés. Agression terriblement humiliante pour Mahmoud Abbas ou son Premier Ministre Salam Fayyad (ancien fonctionnaire du FMI) mais les dirigeants israéliens s’en moquent. Ils veulent une capitulation et ils ne feront rien pour rehausser le prestige de dirigeants déjà bien discrédités. Ils leur ont assigné un rôle de collaborateur dont l’Autorité Palestinienne ne parvient pas à se défaire car ils n’obtiennent rien en échange. Drôle de dilemme : collaborer ou disparaître.

À propos des anciens groupes armés, signalons la situation de Zakaria Zubeidi qui fut un des principaux résistants de Jénine. Il a officiellement renoncé à la lutte armée et les Israéliens ont levé le permis de tuer qui lui était destiné. Zakaria a été un des fondateurs du théâtre de la liberté. Il doit aujourd’hui «pointer» tous les jours auprès de la police palestinienne. Il a fait une demande pour pouvoir voyager en Europe. Tali Fahima, la jeune Israélienne qui était venu visiter Jénine pendant l’Intifada et qui avait été condamnée pour haute trahison a été libérée. Mais elle est très déprimée et se remet mal des tortures psychologiques qui lui ont été infligées.
Michel Warschawski nous a décrit l’évolution de la société israélienne : les «valeurs» dominantes autrefois en Israël, mélange de colonialisme et d’esprit pionnier, sont remplacés par le business , le fric et l’individualisme. Au nom de ces valeurs, les survivants du génocide nazi dont beaucoup (ceux qui sont venus récemment de Russie et qui n’ont pas été indemnisés par l’Allemagne) vivent sous le seuil de pauvreté, sont ouvertement méprisés par les politiciens. Il y a en Israël 15% de très riches et 15% de très pauvres. Au milieu, la classe moyenne s’en tire. L’économie n’a plus besoin massivement de travailleurs peu qualifiés. Les poches de pauvreté se concentrent chez les Palestiniens de 48 (les Arabes Israéliens). Le libéralisme a fait que tout devient payant. L’homme politique qui continue de monter en Israël, c’est le mafieux d’origine russe Arcadi Gaydamak (poursuivi par la justice française). Il est désormais favori pour devenir maire de Jérusalem, même si, pour lui, flatter à la fois l’électorat russe et l’électorat juif orthodoxe, s’avère être un exercice compliqué. Après s’être rendu populaire pendant la guerre du Liban en offrant un abri aux populations bombardées, Gaydamak a récidivé à Sdérot, la seule ville qui est périodiquement touchée par des obus en provenance de Gaza. Michel a raillé la nullité de la classe politique israélienne. Selon lui, tous les sondages faits en Israël montrent qu’une majorité de la population est indifférente au sort des colonies et est prête à les rendre. D’autres interlocuteurs ont été moins catégoriques sur ce point, surtout en ce qui concerne la question de Jérusalem Est. Tous condamnent totalement la notion d’Etat Juif qui fait des non-juifs des sous-citoyens privés de droit. Le débat sur 1 Etat/ 2 Etats traverse aussi bien les Palestiniens que les Israéliens anticolonialistes. Nos interlocuteurs proches du FPLP ont réaffirmé leur position pour un seul Etat. C’est désormais aussi la position du principal parti des Palestiniens d’Israël, le Balad.
Nous avons eu une rencontre tout à fait inattendue et surprenante. Jean-Baptiste Humbert est dominicain et archéologue. Il dirige l’école biblique et archéologique de Jérusalem qui existe depuis un siècle. Il a écrit plusieurs livres, notamment sur les fouilles faites à Gaza. Je me suis senti totalement débordé sur ma gauche quand on a parlé de la Bible. J’ai repris les théories de l’archéologue Israël Finkelstein (lire le livre «La Bible Dévoilée»). Dans ce livre, l’auteur explique que l’épisode d’Abraham (l’arrivée des Hébreux depuis la Mésopotamie), celui de Moïse (la fuite d’Egypte), celui de Josué (la conquête sanglante de Canaan), celui de David et Salomon (à l’époque, Jérusalem était un petit village) ou même l’existence du royaume unifié, sont des légendes. J-B H. va plus loin. Pour lui, la Bible n’a pas été écrite au VIIe siècle avant JC, sous le roi Josias, mais encore plus tard pendant l’exil à Babylone, l’épisode d’Abraham étant clairement une transposition de cet exil. Quand je demande à ce Dominicain : «mais alors la Bible, c’est un mythe fondateur ?», il répond tranquillement : «mais oui, bien sûr». Quelle conséquence sur la guerre actuelle ? Les colons religieux qui veulent reconstituer «le royaume unifié» parlent d’une légende qui n’a jamais existé. Idem pour ceux qui veulent s’inspirer de Josué pour faire un nettoyage ethnique en Palestine. L’idéologie sioniste (y compris celle des Chrétiens sionistes) repose sur une mystification. Et si, comme le pense les archéologues, les peuples sont en général restés sur place, alors les principaux descendants des Hébreux de l’Antiquité, ce sont les Palestiniens. Dur à admettre pour les sionistes et leur prétendue loi du retour.

Israël est-il prêt à la paix ?
Clairement la réponse est NON. Le simulacre de discussion engagée sous direction américaine n’a qu’un seul but : forcer Mahmoud Abbas à capituler en échange d’une aide substantielle économique et militaire contre le Hamas. Les exigences israéliennes seront telles qu’il ne pourra pas signer, même s’il en a envie. Et l’occupant répétera partout qu’il «n’a pas d’interlocuteur pour la paix». Le protecteur américain fera de même.
Le chauffeur de taxi qui m’amenait au retour à l’aéroport Ben Gourion m’a demandé ce que je pensais d’Israël. Prudent et n’ayant pas envie de sauter du taxi en route, j’ai dit que c’était un pays compliqué et que j’espérais qu’il y aurait bientôt la paix. La réponse a fusé : « on ne peut pas faire la paix avec les Musulmans (il n’a pas dit les Arabes ou les Palestiniens). Fatah ou Hamas, c’est pareil, ils ne comprennent que la force.» Tout un programme, hélas majoritaire. À l’aéroport, ça a été pire. J’avais fait l’erreur (à ne pas répéter) de ne pas poster les documents que je ramenais. Quand le douanier est tombé sur le DVD «Les enfants d’Arna», il savait ce que c’était. «Vous êtes allés à Jénine ?» Il parlait de «ces gens-là» comme s’ils n’étaient pas des êtres humains. J’ai eu droit à la totale pour la fouille, je ne pouvais être qu’un terroriste.
Le chemin sera bien long pour reconnaître «l’autre».


Pierre Stambul

Par Palestine Nancy - Publié dans : Chronique de la répression
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /2008 10:19
Pire qu’un crime
Uri Avnery, publié sur le site de Gus-Shalom le 26.01.08
 http://zope.gush-shalom.org/home/en/channels/avnery/1201278309/
 
On aurait dit la chute du mur de Berlin. Et cela n’était pas seulement une ressemblance. Pendant un moment, le passage de Rafah a été la Porte de Brandebourg.
On ne peut pas s’empêcher de se sentir transporté quand on voit des masses de gens opprimés et affamés faire tomber le mur qui les enferme, les yeux brillants et embrassant tous ceux qu’ils rencontrent, même si c’est votre propre gouvernement qui a dressé ce mur.
La bande de Gaza est la plus grande prison sur terre. Briser le mur de Rafah a été un acte de libération. Cela prouve qu’une politique inhumaine est toujours une politique stupide : aucun pouvoir ne peut de maintenir face à une masse humaine qui a franchi la frontière du désespoir.
C’est la leçon de Gaza, janvier 2008.
 
On pourrait répéter la phrase célbre de l’homme d‘état français Boulay de la Meurthe, juste un peu arrangée : C’est pire qu’un crime, c’est une connerie!
Il y a des mois, les deux Ehoud – Barak et Olmert – ont imposé un blocus à la bande de Gaza, et ils en ont tiré gloire. Ensuite, ils ont serré le nœud coulant, si bien que qu’on de pouvait pratiquement plus rien faire entrer dans la bande. La semaine dernière, ils ont rendu le blocus absolu – plus de nourriture, plus de médicaments. La situation avait atteint un point culminant lorsqu’ils ont aussi coupé l’arrivée du carburant. De grandes parties de Gaza se sont retrouvées sans électricité – des incubateurs pour les prématurés, des machines à dialyse, des pompes pour l’approvisionnement en eau et pour l’évacuation des eaux usées. Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans chauffage par un froid sévère, sans possibilité de cuisiner, et sans nourriture.
Al Jezira a montré et remontré ces images dans des millions de foyers du monde arabe. Les télévisions du monde entier les ont montrées aussi. De Casablanca à Amman une manifestation de colère massive a explosé and fait trembler les régimes arabes autoritaires. Hosni Moubarak, affolé, a appelé Ehoud Barak. Ce soir-là, Barak a été obligé d’annuler, au moins pour un temps, le blocus de fioul qu’il avait imposé le matin même. A part pour le carburant, le blocus est resté total.
 
La raison donnée pour affamer et faire se geler de froid un million et demi d’êtres humains, entassés sur un territoire de 365 km2, est le bombardement continu de la ville de Sderot et des villages avoisinants.
C’est un argument bien choisi. Il soude les parties les plus primaires et les plus pauvres du public israélien. Il coupe court aux critiques de l’ONU et des gouvernements tout autour du monde, qui, autrement, auraient pu protester contre cette punition collective, qui est sans aucun doute un crime de guerre en droit international.
Le tableau présenté au monde est clair : le régime terroriste du Hamas de Gaza lance des missiles sur des civils israéliens innocents. Aucun gouvernement au monde ne peut tolérer que l’on bombarde sa population par dessus la frontière. Les militaires israéliens n’ont pas trouvé de réponse militaire aux missiles Qassam. Alors, il n’y a pas d’autre choix que d’exercer une pression forte sur la population de Gaza pour qu’elle se dresse contre le Hamas et l’oblige à arrêter les tirs de missiles.
Le jour où l’électricité a été coupée à Gaza, nos militaires étaient transportés de joie : deux missiles seulement furent lancés. Donc ça marche ! Ehoud Barak est un génie !
Mais le lendemain, 17 Qassam sont arrivés, et la joie s’est évaporée. Les politiques et les généraux ont (littéralement) perdu la tête : l’un d’eux a proposé de “se conduire d’une façon plus enragée qu’eux“, un autre de “bombarder les zones urbaines de Gaza de façon indiscriminée pour chaque Qassam tiré“, un professeur célèbre (qui est un peu dérangé) a proposé de provoquer une “catastrophe définitive“.
 
Le scénario du gouvernement était une réplique de la 2eme guerre du Liban (au sujet de laquelle un rapport est attendu dans les prochains jours). A ce moment-là : le Hezbollah a capturé deux soldats du côté israélien de la frontière, aujourd’hui : le Hamas bombarde des villes et des villages du côté israélien de la frontière. A ce moment-là : le gouvernement a décidé en toute hâte de déclencher une guerre, aujourd’hui : le gouvernement a décidé en toute hâte de déclencher un blocus. A ce moment-là : le gouvernement a ordonné de bombarder la population civile pour qu’elles fasse pression sur le Hezbollah, aujourd’hui : le gouvernement a décidé de causer des souffrances massives à la population civile pour qu’elles fasse pression sur le Hamas.
Les résultats ont été les mêmes dans les deux cas : la population libanaise ne s’est pas dressée contre le Hezbollah, mais au contraire, toutes les communautés religieuses se sont unies derrière l’organisation chiite. Hassan Nasrallah est devenu le héros du monde arabe. Et aujourd’hui : la population s’unit derrière le Hamas et accuse Mahmoud Abbas de coopérer avec l’ennemi. Une mère qui n’a plus de nourriture pour ses enfants ne maudit pas Ismaël Haniyeh, elle maudit Olmert, Abbas et Moubarak.
 
Alors, que faire ? Après tout, on ne peut pas tolérer les souffrances des habitants de Sdérot qui sont en permanence sous les tirs.
Ce que l’on cache au pauvre peuple, c’est que l’on pourrait arrêter les tirs de Qassam demain matin.
Il y a plusieurs mois, le Hamas a proposé un cessez-le-feu. Il a renouvelé l’offre cette semaine.
Pour le Hamas, un cessez-le-feu signifie : les Palestiniens stoppent les tirs de Qassam et d’obus de mortier, les Israéliens stoppent les incursions dans la bande de Gaza, les assassinats “ciblés“ et le blocus.
 
Pourquoi notre gouvernement ne saute-t-il pas sur cette propostion ?
 
C’est très simple : pour faire ces tractations, il faut parler avec le Hamas, directement ou indirectement. Et c’est justement ce que le gouvernement refuse.
 
Pourquoi ? C’est très encore simple : Sdérot n’est qu’un prétexte – tout comme les deux soldats enlevés furent aussi un prétexte. L’objectif véritable de toute l’affaire est renverser le Hamas à Gaza et de l’empêcher de prendre le pouvoir en Cisjordanie.
En termes simples et brutaux : le gouvernement sacrifie la population de Sdérot sur l’autel d’un principe sans espoir. Pour lui, il est plus important de boycotter le Hamas – parce qu’actuellement c’est le fer de lance de la résistance palestinienne – que de mettre fin aux souffrances de Sdérot. Et tous les médias coopèrent à cette duperie.
 
On a déjà dit qu’il était dangereux d’écrire une satire dans notre pays – les satires deviennent trop souvent réalité. Certains lecteurs se rappellent peut-être un article satirique que j’avais écrit il y a quelques mois. J’y décrivait la situation à Gaza comme une expérience scientifique destinée à voir jusqu’à quel point on peut affamer une population et transformer sa vie en un enfer avant qu’elle ne lève les bras et ne se rende.
Cette semaine, la satire est devenue politique officielle. Des commentateurs respectés ont explicitement déclaré qu’Ehoud barak et les chefs de l’armée travaillent selon le principe des “approximations successives“ et qu’ils changent de méthode quotidiennement en fonction des résultats obtenus. Ils coupent le carburant à Gaza, observent comment ça marche, et font marche arrière lorsque les réactions internationales deviennent trop négatives. Ils coupent la livraison des médicaments, observent comment ça marche, etc. L’objectif scientifique justifie les moyens.
L’homme chargé de cette expérience est le ministre de la défense, Ehoud Bark, un homme qui a beaucoup d’idées et peu de scrupules, un homme dont la tournure d’esprit est fondamentalement inhumaine. Il est peut-être en ce moment la personne la plus dangereuse d’Israël, plus dangereuse qu’Ehoud Olmert ou Benjamin Netanyahu, dangereuse à long terme pour l’existence même d’Israël.
L’homme chargé de la mise en oeuvre de l’expérience est le chef d’état major. Cette semaine, nous avons eu l’occasion d’entendre, lors d’un forum aux prétentions intellectuelles surgonflées, les discours de deux de ses prédécesseurs, les généraux Moshe Ya’alon et Shaul Mofaz. Nous avons découvert qu’ils ont tous deux des vues qui les placent quelquepart entre l’extrême droite et l’ultra droite. Tous deux ont un esprit primaire à faire peur. Il est inutile de gâcher son temps à décrire les qualités morales et intellectuelles de leur successeur immédiat, Dan Halutz. Si c’est cela représente l’opinion des trois derniers chefs d’état-major, que penser de celle de l’actuel, qui ne peut pas s’exprimer aussi librement qu’eux ?
Jusqu’à il y a trois jours, les généraux pouvaient raconter à l’opinion que l’expérience était un succès. La misère avait atteint son apogée à Gaza. Des centaines de milliers de personnes étaient menacées d’une vraie famine. . Le chef de l’UNRWA annonçait une catastrophe humanitaire imminente. Seuls les riches pouvaient encore conduire une voiture, chauffer leur maison et manger à leur faim. Le monde attendait et agitait sa langue collective. Les leaders du monde arabe prononçaient des phrases de sympathie vides sans lever le petit doigt.
Barak, qui a quelques connaissances mathématiques, pouvait calculer quand la population allait finalement s’effondrer.
 
Et tout à coup, quelquechose est arrivé que personne n’avait prévu, bien que ce fut l’événement le plus prévisible du monde.
Lorsque l’on met un million et demi de personnes dans une cocotte minute et que l’on fait monter la température, elle finit par exploser. C’est ce qui est arrivé à la frontière entre Gaza et l’Egypte.
D’abord, il y a eu une petite explosion. Une foule se précipita sur la grille, les policiers égyptiens ouvrirent le feu, des dizaines de personnes furent blessées. C’était un avertissement.
Le lendemain, ce fut la grande attaque. Des combattants palestiniens firent sauter le mur en de nombreux endroits. Des centaines de milliers de personnes se ruèrent en territoire égyptien et prirent une profonde respiration. Le blocus était brisé.
Déjà avant cela, Moubarak était dans une situation impossible. Des centaines de millions d’Arabes, un milliard de musulmans, ont vu comment l’armée israélienne avaient fermé la bande de Gaza de trois côtés : au nord, à l’est et par la mer. Le blocus du quatrième côté était réalisé par l’armée égyptienne.
Le président égyptien qui se présente comme le leader du monde arabe, apparaissait comme le collaborateur d’une opération inhumaine conduite par un ennemi cruel, et tout cela pour gagner les faveurs (et l’argent) des Américains. Ses ennemis intérieurs, les Frères Musulmans, ont profité de la situation pour le déprécier aux yeux de son propre peuple.
Il y a peu de chances que Moubarak ait pu persister dans cette position. Mais les masses palestiniennes lui ont épargné d’avoir à prendre une décision. Ils ont décidé pour lui. Ils ont déferlé comme un tsunami. Maintenant il lui faut décider si il doit obéir à l’exigence israélienne de réimposer le blocus sur ses frères arabes.
 
Et quid de l’expérience de Barak ? Quel est l’étape suivante ? Il n’y a que peu d’options :
 
(a)    Réoccuper Gaza. L’armée n’aime pas cette idée. Elle comprend bien que cela revient à exposer des milliers de soldats à une guérilla cruelle, qui ne ressemblerait à aucune des intifafda précédentes.
 
(b)   Renforcer à nouveau le blocus et imposer une pression extrême sur Moubarak, incluant l’utilisation de l’influence israélienne sur le Congrès américain pour le priver des millions de dollars qu’il reçoit chaque année pour prix de ses services.
 
(c)    Contourner le problème et le transformer en une bénédiction, en transférant la bande de Gaza à Moubarak, et en prétendant que cela avait été depuis le début le plan secret de Barak. Ce serait ainsi à l’Egypte d’assurer la sécurité d’Israël, d’empêcher les tirs de Qassam et d’exposer ses propres soldats à la guérilla palestinienne, alors qu’elle pensait s’être débarrassé du fardeau de cette région pauvre et aride, et après que toute l’infrastrucutre ait été détruite par l’occupation israélienne. Moubarak dira probablement : C’est très gentil de votre part, mais non, merci.
 
Ce blocus brutal était un crime de guerre. Et pire : c’était une connerie.
Par Palestine - Publié dans : Chronique de la répression
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /2008 03:53

Chronique d’un crime annoncé

Le gouvernement israélien prépare l’opinion publique mondiale à une nouvelle invasion de Gaza. Il explique que la situation est devenue « insupportable ».
Ce qui est insupportable, ce ne sont pas les centaines d’exécutions extrajudiciaires effectuées depuis des années à Gaza. Ce ne sont pas les milliers de morts civils (dommages collatéraux, 5000 morts en 7 ans). Ce ne sont pas les malades qui meurent à Gaza, déclaré « entité hostile » parce qu’on n’y trouve plus de médicaments. Ce ne sont pas ces gens qui vivent au milieu des eaux usées parce qu’il n’y a plus de station d’épuration. Ce ne sont pas les immeubles démolis, les maisons éventrées, les coupures de courant incessantes. Ce ne sont pas les 15 camions qui rentrent chaque jour au lieu des 400 nécessaires.
Non, ce qui est insupportable pour le gouvernement israélien, c’est que ces maudits palestiniens ont mal voté. C’est que les Palestiniens n’acceptent pas leur sort comme les Amérindiens des Etats-Unis ou les Aborigènes d’Australie ont fini par le faire. Ils refusent de vivre dans une réserve. Ils n’acceptent pas que la Bande de Gaza soit devenu un laboratoire pour politiciens psychopathes qui expérimentent l’enfermement de tout un peuple. Ils ruent dans les brancards. Ils cassent à Rafah la belle prison qui les enfermait, ils vont se ressourcer dans le Sinaï et ils balancent quelques Qassams sur Sdérot ou Ashkélon pour rappeler qu’il peut être dangereux d’affamer ou de tuer.
Ce qui est insupportable, c’est l’impunité d’Israël, c’est l’absence d’indignation des opinions publiques et des gouvernements pour dire Basta ! C’est l’absence de sanctions, c’est le fait que tout le monde ne sort pas dans la rue pour hurler aux dirigeants israéliens : « Ca suffit, nous ne vous laisserons pas faire ».

Pierre Stambul (Union Juive Française pour la Paix)

Par Palestine - Publié dans : Chronique de la répression
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